samedi 17 décembre 2016

THICK AS A BRICK (1972)


Intro

L’image de Jethro Tull fût la création de l’excentrique flûtiste Ian Anderson. Conçue comme un groupe de blues psychédélique à la fin de 1967, la musique de Jethro Tull a toujours été intimidante, embrassant de nombreux styles, y compris le blues, le jazz, le folk, le médiéval, le classique, le hard rock ainsi que les incursions dans la musique électronique. Mais sa tendance, surtout dans les années 70, à de longues compositions, aux changement de temps récurrents et aux albums concepts en fait un groupe prototype du rock progressif. Les paroles étaient toutes aussi sophistiquées et parfois atteignaient de nouveaux sommets de grandiloquence commentant les événements mondiaux déprimants tels que ; l'abus de drogues, la crise du pétrole, la modernisation, les troubles du tiers monde et une économie en détérioration. D'autres sujets comprenaient les modes (esthétiques et philosophiques), les romans d'espionnage, les questions environnementales et sociales, ainsi que des réflexions métaphysiques. Aussi légendaire que son nom provenant de l’Anglaise antique, Jethro Tull sera toujours considéré comme l'un des groupes de rock les plus appréciés.

Thick As A Brick est l'une de ces oeuvres qui atteint les étoiles. C'est un de mes albums préférés du rock progressif et de loin le meilleur album de Jethro Tull. Les tournures de phrases sont magistrales, il y a un mélange étonnant de merveille artistique et une telle satire sociale n’a jamais été faite, même étroitement reproduite dans la musique moderne.

En réaction aux critiques qui qualifiaient l'album précédent du groupe, Aqualung, d'un album-concept’’, contre l'avis même de Ian Anderson, celui-ci décide d'écrire et d’enregistrer un véritable album-concept sur un mode ironique, composé d'une seule chanson occupant la totalité de l'album (soit 43 minutes). Les paroles sont présentées comme un poème écrit par Gerald Bostock, un enfant de huit ans, qui reçut un prix pour son œuvre littéraire avant de se le voir retirer pour avoir prononcé un gros mot à la télévision. L'article en ‘’une’’ de la pochette décrit en détail cette affaire totalement fictive.


Membres du groupe au moment de l’album

Ian Anderson (Parolier, chants, flûte traversière, guitare acoustique, violon, saxophone, trompette.)
Vêtu de vêtements vagabonds, barbu et moustachu, et ressemblant plus à un anachronisme d'un conte de Charles Dickens, Anderson a transmis une vieille aura anglaise pendant les années de formation du groupe à la fin des années 60 et au début des années 70, autant de façon visuelle que musicale. Il est, à mon avis, le principal responsable de la venue de la flûte traversière dans l’univers du rock. Sa tendance à se tenir sur une jambe tout en jouant de la flûte est survenu par hasard, puisqu’il devait se tenir sur une jambe pour jouer de la flûte ou de l’harmonica, tout en tenant le microphone pour l'équilibre. Anderson est connu pour sa célèbre pose ‘’à une patte’’ et était autrefois désigné comme le "flamant rose dérangé". La profondeur de ses textes et l’émotion avec laquelle il les livre est tout simplement légendaire sur cet album.

John Evans (Orgue Hammond, piano et clavecin)

Les meilleurs moments de John Evans sont sur cet album. Un spectaculaire son de l'orgue Hammond ; plus expressif, épique, doux, grondant et même chuchotant par moment. Un sublime ton de piano, soigneusement choisi. Seul Dave Stewart, à l’époque de National Health et Khan, est sur un même niveau en tenant compte de la palette sonore.

Martin Barre (Guitare électrique)
Martin Barre est crucial sur cet album, surtout dans les parties difficiles lorsque sa guitare ajoute de la personnalité et de la force à la musique.

Barriemore Barlow (Batterie et percussions)La batterie est parfaite. La façon dont Barlow remplit le tempo 5/4 est un bel exemple. Comme un feu roulant de percussions.

Jeffrey Hammond (Basse)
Connu pour être le plus burlesque du groupe, après Ian Anderson bien sûr. La basse de Hammond joue le même rôle sur l’album, tout en tenant le rythme avec précission.


Couverture

La pochette représente la une d'un journal fictif, The St. Cleve Chronicle & Linwell Advertiser. L'édition originale de l'album inclut un faux numéro de ce journal de plusieurs pages, dont les articles contiennent des références aux paroles de l'album éparpillées dans les articles. C’est par la pochette que Jethro Tull se moque directement des albums concept, en faisant à croire que l’album est à propos de l’histoire du petit Gerald Bostock, alors qu’elle ne l’est pas du tout.


Chanson de l’album

1. Thick As A Brick (43:44)

Paroles : J'ai toujours vu les paroles de Thick as a Brick comme une série de vignettes qui tournent autour d'un thème central. Il me semble que Gerald Bostock fût inventé seulement pour la couverture de l'album. Par conséquent, Bostock n'a pas affecté la perspective des paroles originales eux-mêmes. Le titre de l’album désigne une expression Anglaise qualifiant une personne, un groupe, une action ou un symbole de stupide. Ce que fait Ian Anderson par son texte, et de répondre à la question : ‘‘À qui s’adresse l’insulte ?’’ Les thèmes principaux sont plutôt une élaboration de ceux se rapprochant à l’album Aqualung. La chanson est interprétée par un jeune homme, plein de vigueur et qui ne s’est pas encore abandonné à une indifférence face au système, constatant ce qui ne va pas avec la société et ne peut pas croire que les aînés se sont conformés. Les textes de l’album sont, en soit, des illustrations, métaphores et opinions anti-conformistes. Ian Anderson s’attaque principalement à la religion organisée. Il examine également les sédiments sans âme et sans foi de la société. Par exemple, aux gens d'affaires qu'il caricature comme divers types d'animaux ‘’rat races’’. Il commente aussi le libre arbitre contre la pré-destinée guidée par Dieu en comparant la vie à une étape sur laquelle le seul acteur (vous, moi, nous) sort sans un scénario et doit improviser. L’auteur déplore comment la société et la religion organisée se répandent, en lavant le cerveau des enfants avant qu'ils ne deviennent assez vieux pour penser par eux-mêmes. En général, je pense que Ian croit au libre arbitre et aux aspects humanitaires des religions modernes. Nous pouvons déterminer nos propres actions et nous sommes chargés de la responsabilité d'agir avec compassion envers nous-mêmes, les autres personnes, les animaux et la nature. Il croit qu'il est faux de s'appuyer sur une divinité personnifiée ( «Dieu») - un dieu qui viendra chevaucher comme le Grand Chevalier Blanc pour nous «sauver» de nos propres actions stupides. Bien qu’il croit que l’idée de base des religions à pour but de faire le bien, il s’objecte au fait que l'abus des croyances conduit à beaucoup de maux dans notre société. Le principal mode de défaillance des religions organisées est qu'elles permettent à un ordre de classe de se former, avec une divinité personnifiée au sommet, une sorte de structure pyramidale. Ce phénomène permet aux gens moyens d'abdiquer leurs responsabilités envers les autres et envers la nature, en ‘‘lançant la balle’’ à une entité situé plus haut dans la pyramide. Cela permet aux opportunistes d'assumer le pouvoir en feignant d'avoir des liens que les simples mortels n'ont pas et d'absoudre les péchés des classes inférieures, gagnant ainsi leur gratitude et leur loyauté. Ils peuvent emmener une grande armée de croyants avec eux pour faire leur soumission, faire le mal.


Mélodie : Bien qu’elle forme une seule chanson en tout, le groupe ont séparée Thick As A Brick en deux parties pour des raisons techniques. Tout simplement, il fallait remplir les deux faces du disque. Donc, en l’honneur de cette forme, j’ai opté d’analyser l’œuvre mélodique de la pièce de cette même façon.

1ère partie : Tout commence par ce segment iconique ; la guitare acoustique, la voix distincte de Ian Anderson, et bien sûr, sa fameuse flûte traversière. Les trois premières minutes ne sont pas aisément oubliées et la mélodie vocale rebondit de haut en bas, comme des vagues rapides. Par la suite, la douce lune de miel est terminée et les textures folkloriques progressives qui ont pénétré le début donnent lieu à du rock beaucoup plus lourd. Un solo de guitare et d'orgue sauvage est exécuté sur une ligne de basse sautillante. Anderson donne une performance vocale fantastique, en chantant un des thèmes les plus importants de cette pièce, ‘’The poet and the painter casting shadows on the water …’’. Deux guitares ‘’distortionnées’’ forment un solo, une par dessus l’autre, avec des passes de flûtes florissantes et d'orgues dispersés, avant que le chanteur ne répète le thème, accompagné d’un grand piano, aux premiers abords. C’est alors qu’un mariage parfait entre les instruments ; l’orgue, la flûte et la basse jouent ensemble dans un court segment polyphonique, pour introduire ensuite le chant de la partie suivante. Plus tard, l'orgue est plus fort que jamais, donnant parfois à l'auditeur un avant-goût du thème musical qui domine la seconde moitié de la première partie. Les variations de ce thème se produisent jusqu'à ce que l'introduction de guitare acoustique se faufile dans la composition. Bientôt, le motif final (et l'un des plus amusants) émerge. Les paroles restent de premier ordre, mais convenablement obscures, et Anderson les chante avec son ton habituellement sarcastique. Les derniers moments de la première partie sont des riffs utilisé pour relier l'introduction acoustique au reste de la chanson. Dans l'ensemble, cette première partie se distingue comme l'une des plus grandes réalisations de Jethro Tull.

2e partie : La deuxième partie commence avec presqu’une minute de bruit et une version étouffée du dernier morceau de la première partie. C’est un segment délicieusement lugubre. Le batteur entre dans un solo rapide, parsemé d’interludes musicaux poivrés. Il y a quelques mots bizarres et quelques silences avant que l'introduction acoustique du tout début de la chanson partie nous fait grâce d’une autre apparence. La mélodie est la même, mais les paroles sont différentes. La sixième minute laisse particulièrement place à un fabuleux travail de guitare acoustique, ainsi qu’une grande performance vocale de Ian Anderson. Sa voix est si émotive et si poétique. Pour une grande partie du segment suivant, il y a un riff guitare joué doucement et puis à plusieurs reprises. Bien qu'il soit tentant de dire que la flûte prend le rôle d'instrument principal pendant une grande partie des dix dernières minutes environ, il serait plus précis de noter que l'instrument à vent suit le reste du groupe étroitement, déviant rarement. La guitare est majestueuse et l’exécution du synthétiseur n’est rien de moins que brillante. La section vocale de la fin de la première partie trouve son chemin dans la fin de la seconde, seulement l'instrumentation est un peu plus grinçante. Au lieu de la section rauque utilisée pour fermer la première partie, une section de cordes suivie d'un solo d'organes tendres mais vivant cède la place à une reprise du chœur utilisé au tout début de l'album. Anderson se met à rire, et les quarante minutes de l'opus se termine. Purement magnifique !



1 commentaire:

  1. Magnifique en effet. Moi et mes potes (je reviens souvent avec ces potes de mon époque parce qu'en ces temps-là, z'avions beaucoup d'intérêts à jaser des nouveaux albums qu'on nous servaient) on aimait se défier les uns les autres sur qui aurait la capacité de jouer le début à la guitare acoustique.

    C'était, en conclusion de nos échanges sur la chose, le meilleur album de Jethro Tull, malgré que le suivant «Passion Play» n'était pas mal non plus, mais fallait être plus fan qu'un fan ordinaire pour l'apprécié. Finalement, j'ai rien de plus à rajouter sauf que ce fut un délice de lire cette analyse, encore bravo pour cette couverture de ce chef d’œuvre.

    Dan

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