samedi 24 décembre 2016

DARK SIDE OF THE MOON (1973)





Intro

Bien que je considère King Crimson comme le groupe le plus important du mouvement, Pink Floyd est le plus grand groupe de l’histoire du rock progressif pour l’ensemble de son œuvre et sa durabilité. Si le premier est considéré comme le père fondateur, celui qui a tracé le chemin de ce genre musical, le second symbolise l’arrivée à la destination. Leur compositions de modèles et structures sont si unique, qu'elles sont au-delà de toute comparaison avec n'importe quel autre musicien. Alors qu’ils oeuvrent au sein d’une catégorie musicale qui regorge de virtuoses, David Gilmour, Rick Wright, Roger Waters et Nick Mason constitue néanmoins le plus grand corpus de musiciens de tous les temps. Ils ont passé leur carrière, leur vie à atteindre les plus hauts sommets sonores. Ces quatre artistes font facilement partie du top 5 des meilleurs musiciens pour chaque uns de leurs instrument individuel. Sans compter que très peu de paroliers ont réussis à égaler le génie de composition lyriques qu’est Roger Water.

Pink Floyd est un groupe qui s'attribue typiquement au style psychédélique/spatial du rock progressif. Les actes pionniers de ce genre ont assimilé des éléments comme des battements hypnotiques répétitifs et des paysages sonores électroniques / ambiants en s'éloignant de l'approche musicale et composition commune. Le synthétiseur avec ses tonalités bouillonnantes et ses motifs spatiaux, provoquant un flux glissant, est un instrument typique de ce genre. Les guitares sont de préférence jouées avec la technique glissando et les effets délais / écho sont fortement utilisés, répétitifs et des paysages sonores électroniques / ambiants en s'éloignant de l'approche musicale et composition commune. Les histoires, les images, les titres de chanson et les noms d'albums faisant référence à des thèmes cosmiques sont des caractéristiques assez courante du genre.

Écouter Pink Floyd est l'expérience musicale déterminante d’une vie. C'est comme si Dieu lui-même est venu et vous a touché. Par contre, nous sommes forcé d'écouter une traduction abrégée de Roger Waters car nous ne sommes pas assez purs pour comprendre ce qui est dit. C'est comme si nous ne serions pas assez dignes de comprendre ce sermon. Elle semble contenir tous les secrets que l'humanité a médité depuis des temps immémoriaux. 

Sorti en 1973, Dark Side of the Moon est sans aucun doute l’album le plus populaire de l'histoire du rock progressif, vendant plus de 35 millions d'exemplaires à travers le monde. Resté dans le Billboard 200 américain pendant une période record de 914 semaines, l'équivalent de plus de 17 ans et 6 mois, le disque représente l'une des meilleures ventes d'albums de tous les temps. Cet album peut constituer une excellente introduction au rock progressif et aux albums concepts à tous ceux et celles qui ne sont pas familier avec le genre.

Mais l’album ne doit pas être considéré comme l’un des plus grands de l’histoire du rock progressif pour son succès commercial, loin de là. Cet aspect ne représente qu’un simple détail à mon avis. Référence de la culture rock depuis maintenant plus de 40 ans, Dark Side Of The Moon est l’un des albums dont la perfection est constamment ramenée à mesurer tous les autres albums du rock progressif. Il a également pousser l'industrie du rock à de nouveaux sommets, non seulement dans les attentes commerciales, mais aussi dans la sophistication technique en studio et en tournée; à la fois en termes de progrès sonore ainsi que les aspects visuels. Dark Side Of The Moon a toujours été l'un des trésors les plus riches de ma collection. Sombre et conceptuel, il plonge dans les vastes régions du cerveau humain laissant beaucoup à l'imagination de l'auditeur. Pink Floyd déploie un large éventail d'émotions, de la beauté tranquille à la démence agités. Il représente, tout simplement, l'un des enregistrements ‘’prog’’ les plus influents et les plus essentiels de tous les temps.



Membres du groupe au moment de l’album

David Gilmour (Guitares et chants)

David Gilmour doit facilement être considéré comme le plus grand guitariste de tout les temps. Sur cet album, il agit comme une âme possédée, brûlant dans un enfer et froid comme la glace en même temps. Il est difficile d'essayer de mettre en mot qu’elle force lui permet d’être si bon. En bref, les habilités qu'il semble posséder s'inspirent d'un domaine inconnu bien au-delà de la pensée humaine et de l'imagination. La magie se produit quand il laisse ce sentiment surgir dans ses mains tout en jouant un solo de guitare. C’est à ce moment que l'on sent qu'il est le plus proche du Nirvana ou tout ce que l'on croit être le but ultime de la Divine Comédie.



Roger Waters (Basse, effets sonores et chants)

Cet album marque la toute première fois dans l’histoire du groupe que le bassiste Roger Waters a composé toutes les paroles. Ses textes sont merveilleux, de la brillance pure. Ses chansons sont souvent basées sur des thèmes affligeants et sombres, mais ses paroles ne sont presque jamais une référence directe à cette tristesse intérieur qu’il possède. Ses compositions sont symboliques et métaphoriques, pleines de références subtiles et subliminales au thème concerné. La profondeur et l'impact des paroles de Waters est tout simplement inégalée. Elle est dans le même domaine que la littérature et la poésie. Ses talents musicaux sont également parfaits, sa basse est forte mais délicate au besoin.




Richard Wright (Piano, synthétiseur , autres claviers et chants)

Rick Wright symbolisait le morceau de papier sur lequel Gilmour, Waters et Mason jouaient et écrivaient leurs notes. Il a composé des mélodies incroyables et créé des effets et des textures impressionnantes qui ont fait briller Pink Floyd au-dessus d'autres groupes du rock progressif. Malgré tout le talent de David Gilmour, Wright était aussi important et responsable du son inégalé du groupe, peut-être même plus. Il a révolutionné les claviers dans la musique rock en ajoutant un sentiment atmosphérique comme sur les chef-d’œuvres Shine on you Crazy Diamond et Echoes. Sans Richard Wright, le Pink Floyd tel qu’on le connaît n’existerait pas. Dark Side Of The Moon contient l’une des musique les plus majestueuse qu’il ait jamais créé. 




Nick Mason (Batteries et percussions)

Dans l’ombre de Neil Peart, Nick Mason fait néanmoins parti des plus grands batteurs de l’histoire du rock progressif. À l’instar des autres membres du groupe, il a su élevé son instrument au dessus des standards du rock. Dark Side Of The Moon est sans aucuns doute le plus bel héritage de sa virtuosité, en particulier l’intro épique de la pièce Time.



Couverture


La pochette, réalisée par Storm Thorgerson du prestigieux studio Hipgnosis, est la réponse à la demande du groupe d'un concept graphique à la fois simple et audacieux. À première vue, il n'y a pas de sens de normalité ou de convention. Tout d'abord il n'y a pas de nom d'album, ni de nom d'artiste. D'une manière ou d'une autre, c'est l'une des oeuvres les plus efficaces jamais créées. Mais ils ont réussi à atteindre cet objectif sans que le public sache quel groupe l'a créé ou le nom de l'album. On pourrait avancer que le manque d'identification serait dans le but de confondre le public et de faire ressortir leur curiosité, les forçant à regarder l'album plus proche. Mais en fait, l’œuvre représente bien plus qu’une simple tactique mercantile. Le symbole au milieu représente la réfraction de la lumière par un prisme. Cela indique, en quelque sorte, les principaux thèmes de l'album; conflit, avidité, vieillissement et maladie mentale. Le symbole du prisme est donc une métaphore de la vie elle-même. Les premières années sont excellentes, elles sont toutes en mouvement, rien ne vous arrête, et soudain, tout change, et vous avez tous ces problèmes dans votre petit monde. Cette idée est également suivi par le fond noir. Comme pour dire que la vie est juste là, au milieu de rien sans signification apparente. Bien sûr, l’idéologie de la ‘’face cachée de la lune’’ et également très présente dans la métaphore de la couverture, ainsi que celle de la vie elle-même. Nous avons tous des secrets, des tempéraments et même des vices que nous cachons à l’intérieur de nous, un côté plus sombres. C’est une métaphore très puissante ; à la fois simple et complexe. D’autres interprétation de la couverture suggère qu’elle représente une pyramide qui symbolise toute sorte de croyances mystiques … À vous d’en faire votre propre conclusion.



Chansons de l’album



1. Speak To Me (1:16)


Mélodie : L'album commence par l'introduction Speak to Me. Le premier son que nous entendons est un battement répétitif, un battement de cœur représentant le début de la vie. Le commencement de la chanson symbolise la conception, tandis que la fin de la piste est la naissance. Le son du rythme cardiaque augmente progressivement afin de représenter un bébé à mesure qu'il grandit. Graduellement sont subtilement introduis différents éléments sonores qui apparaîtrons, ici et là, plus tard sur autres pièces du concept. D'abord les tintements d’horloges de Time, suivi du bruit de la caisse enregistreuse de Money, le rire machiavélique de Brain Damage et le bruit d’avion de On The Run. Bref, la chanson d’ouverture est un espèce de collage globale de l’œuvre complète. Ces extraits sonores sont parsemés de citations vocales en bruit de fond. Vient ensuite le hurlement violent de Claire Torre (extrait de Great Gig In The Sky) menant à un puissant climax qui introduit la prochaine pièce, Breathe. À ce moment exacte, l’auditeur ce dit : ‘’Impossible que l’album conserve cette intensité jusqu’à la toute fin !’’, et pourtant …

Paroles : Les citations vocales entendu dans la pièce introduction, ainsi que dans plusieurs autres chansons de l’album, sont le résultat d’un travail de recherche particulier de Roger Waters. Alors que le groupe enregistra l’album Obscured By Clouds (le micro-sillon précédant Dark Side Of The Moon) au célèbre studio Abbey Road, Waters remis des questionnaires génériques aux ‘’roadies’’ et portiers de l’emplacement ainsi qu’aux membres du groupe Wings (y compris Paul et Linda McCartney). Il s’agissait d’une vingtaine de questions philosophiques et psychologiques du genre ; ‘’Avez-vous peur de mourir ?’’, ‘’Quelle est la dernière fois que vous avez été violent et aviez vous raison de l’être ?’’ et ‘’Que représente le terme ‘’la face cachée de la lune’’ pour vous ?’’. Les réponses les plus spontanées à ces questions sont apparues sur l'album. Paul et Linda n'ont pas fait la coupe, mais le guitariste de Wings, Henry McColluch, a fourni l’une des réponses les plus fabuleuses : ‘’Je ne sais pas, j'étais vraiment ivre à l'époque’’ à la question concernant les comportements violents. Les voix sur les enregistrements n’ont jamais été officiellement crédités à qui que ce soit. Durant un entrevue, Nick Mason a affirmé qu’il croyait que ce sont deux ‘’raodies’’ qui avaient participé, mais il ne s’en souvient pas exactement. Pink Floyd se sont toujours amusé à faire planer ce genre de mystère … 



2. Breathe (2:44)


Mélodie : Après l'apogée de Speak to Me vient le son lisse et aéré de Breathe.

La pièce conserve quelques éléments psychédéliques des années précédentes, mais intègre une belle glisse de guitare électrique marécageuse au ton paradisiaque, un bon riff de basse, une batterie très jazz et une voix très calme de David Gilmour. L'orgue de Rick Wright, pendant le deuxième verset, est un de ses nombreux merveilleux passages. La mélodie planante de Breathe donne l’impression de flotter tranquillement dans l’air.

Paroles : Le narrateur de Breathe donne des conseils sur la vie. Il semble être d’âge mûre, ayant l’expérience de toute une vie et un peu blasé. Il s’adresse à la personne qui vient de naître. La chanson commence adéquatement avec le mot respirer, puisque c'est la première action d'une personne dans la vie. L’interlocuteur enseigne à son protégé de prendre chaque petites choses de la vie comme un bouffée d’air. il souligne l'importance de simplement respirer; de ne pas être si préoccupé par les événements de la vie que nous oublions de relaxer. Cette prémisse symbolise non seulement le message de la chanson, mais de l'album entier. Car la négation de ce conseil peut nous amener à la démence. L'un des facteurs importants de cette chanson est qu'elle introduit l'un des principaux symboles récurrents sur l'album, le soleil. Il est utilisé comme symbole du bien et de la vérité, à l’opposé de la lune. Cette dernière est primordial à l’œuvre de Dark Side Of The Moon, ce qui explique le titre. Elle symbolise les obscurités de la vie, plus précisément les pressions auxquelles nous sommes tous exposés, ce qui peut même conduire à la folie. C'est tout à fait ce que l'album représente dans son ensemble.



3. On The Run (3:32) 

Mélodie : On The Run est la toute première piste de l’album qui plonge directement dans la thématique des pressions de la vie moderne. Cette chanson, comme plusieurs autres sur l'album est instrumental et n'a pas de paroles. Grâce à l'utilisation d'effets sonores, la chanson prend cependant toute ça signification. Un autre magnifique exemple que le rock progressif peut souvent représenter des idées et des thèmes par la voie du son et de la mélodie, à l’instar de musique plus traditionnel qui ne s’en tient qu’au chant. Il est clair que le décor représenté dans cette chanson est celui d'un aéroport. Des sons de jets peuvent être entendus en arrière-plan, ainsi qu'une voix féminine annonçant des vols. Des pas de course d’une personne ayant la respiration lourde peuvent être entendus. Cet individu tentant, tant bien que mal, de ne pas manquer son vol. Ensuite, vient un extrait sonore qui symbolise qu’il faut vivre chaque jour comme si c'était votre dernier. Les rires de cette personne s’intensifient de plus en plus juste avant le bruit d'un avion qui s'écrase, puis le rire n'est plus. Basé sur le fait que l'homme rit avant que l'avion ne s'arrête et que le rire s'arrête, il faut conclure que l'homme était dans l'avion, qu'il savait qu'il s'écrasait. En chute libre jusqu'à sa mort, il réalise enfin la futilité ou la folie d'être dans une course pour attraper l'avion plus tôt. Superbe métaphore du fait que l’on ‘’court’’ (le terme courir peut aussi être interprété comme une fourme de stress ou d’anxiété) toute sa vie pour finalement s’apercevoir, au bout de celle-ci, qu’il n’y avait aucune raison de s’en faire autant. Cette pièce a été créée en s'alimentant d'une série simple de notes à l’aide d’un synthétiseur VCS3 et en l'accélérant le tout avec un générateur de bruits (On peut apercevoir le travail exécuté par Roger Waters dans un extrait du film Pink Floyd live at Pompeii). À ses effets ont été ajouté un trame d’improvisation de guitares de David Gilmour.



4. Time / Breathe (reprise) (7:06)

Mélodie : Suivant l'explosion sonore des horloges, l'ambiance se fait progressivement sombre avec des rototoms atmosphériques (membranophone qui se place dans la famille des toms de batterie mais en diffère cependant par plusieurs spécificités.), des accords de guitare sinistres et un bruit de fond ressemblant au ‘’tic toc’’ d’une horloge exécuté par Waters en pinçant deux cordes muettes de sa basses. Par l’effet du son d'un battement de coeur, il vise à représenter que même notre propre rythme cardiaque joue contre nous, en faisant un décompte de notre propre mort, tout comme le fait le temps. Lorsque les tambours, percutants comme un coup de tonnerre, annoncent le véritable début de la chanson, s’en suit une sortie fantastique vers une mélodie de rock à part entière qui contient l'un des plus mémorable ‘’lead’’ de guitare jamais entendu auparavant. Tout au long de la chanson, la batterie est plus rapide et à l'avant-garde du reste des instruments. Cela donne à Time son rythme unique et peu orthodoxe tout en isolant Mason et ses prouesses en tant que batteur. Les autres instruments (guitare électrique, synthétiseur et basse) accompagne les percussions et maintiennent le concept de la chanson avec leurs rythmes et leurs tons. La mélodie est si riches en raison de l'excellente production et musicalité. Elle contient des voix profondément émotives de David Gilmour et Richard Wright, accompagné par un chœur de voix féminines en vocalises. Gilmour chante vigoureusement, tandis que Wright exprime doucement sa partie vocale, capturant les deux humeurs séparées de la chanson, la colère et le désespoir implacable. Soudain arrive le point culminant de la pièce, le majestueux solo de guitare de David Gilmour. Il nous aspire tout droit dans une tornade. Les meilleurs solos sont souvent mis en place par ce qui les précède, celui-ci n'est pas une exception. Gilmour fait littéralement crier et gémir sa guitare. C’est un pure plaisir, comme faire un voyage astral. La guitare s’estompe enfin pour nous laisser retomber sur terre. Reprise des couplets distincts des deux chanteurs pour ensuite faire place à une courte reprise de Breathe. Celle-ci servant à faire le pont entre Time et la merveilleuse pièce Great Gig In The Sky. Cette chanson est l’un des chefs-d’œuvre de Pink Floyd. Non seulement due à sa poésie resplendissante et son étonnante éclat mélodique, mais surtout parce qu’elle représente l’ambiance sonore définitive du groupe. Elle fait partie, avec Shine On et Echoes, des pièces sur lesquelles l’ont peut véritablement apprécier le talent de tous les musiciens, à leur juste valeur. Elle est définitivement dans mon top 3 des plus grandes chansons du groupe.

Paroles : Toujours dans la thématique des pressions de la vie, cette-fois ci Roger Waters se penche particulièrement sur les problématiques du temps. Les textes de Time sont relativement puissants et provocants. L’une des grandes ironies de la vie est que nous souhaitons que le temps passe vite quand nous nous ennuyons, mais il y a d'autres moments où nous nous amusons ou que nous sommes pressés et souhaitons que le temps ralentisse. La vie est trop courte pour en gaspiller une seule seconde, voilà le message véhiculé par le parolier. Mais, comme l’exprime Waters, le principe est bien plus complexe. Comment fait-on pour déterminer ce qui vaut la peine et ce qui est inutile ? Chacun doit décider pour lui-même ou elle-même et en aucun cas laisser autrui décider pour nous : ‘’Waiting for someone or something to show you the way …”. Lorsque vous êtes jeune, la mort n’est pas à l'horizon dans votre esprit, vous croyez avoir tout le temps dans le monde. Le grand piège du temps est que l’on se rend compte qu’il faut pleinement profiter de la vie alors qu’il est probablement déjà trop tard : ‘’No one told you when to run, you miss the starting gun …’’. Le ‘’pistolet de départ’’ est également une allusion de la vie comme étant une course. C’est là que l’on s’aperçoit que le temps et la vie sont les plus grands ennemies du monde. La vie est une course, mais rien ne rattrape le temps. Sur la pièce, l’opposition de ces deux réalités est symbolisé par le soleil, qui est une mesure du temps lui-même. Le protagoniste de '' Time '' essai de suivre le rythme de vie du soleil. Il se dit que, comme lui, le soleil se couche la nuit et se lève au matin. Cependant, le soleil n’a pas vieilli aussi rapidement que l’homme, car une journée pour le soleil n'est rien comparé à sa durée de vie d’une durée de milliards d'années. Alors que le jour perdu pour nous est relativement, évidemment plus significatif. Mais pourtant, le soleil a tout de même vieilli, lui aussi et il se rapproche également de la mort. La conclusion de Waters est donc que rien est à l’épreuve du temps, même l’astre qui est notre source principale de vie, ‘’The sun is the same, in a relative way, but you’re older. Shorter of breath and one day, closer to death...’’. À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’une perspective négative sur la vie. Il n’y a pas de doutes, c’est un triste sort qui attends tous les êtres vivants de la terre. Il serait facile de trouver les textes de Time déprimants, mais je crois que Roger Waters vise plutôt à nous faire comprendre que nous avons besoin de profiter au maximum du temps que nous avons, à l’instar du premier verset. Une fois de plus, fidèle à son écriture, l’auteur créé une parfaite boucle dont le thème est tout simplement : le temps est précieux ! Il termine la chanson de façon en brillante en disant qu’elle est terminé mais qu’il aurait d’autres choses à dire, un peu comme le disent tant de gens à la fin de leur vie : ‘’J'aurais pu, j’aurais voulu faire plus…’’. Cette pièce est tant chargée d’émotions, elle est le testament parfait du brillant parolier qu’est Roger Waters. La reprise de Breathe traîte particulèrement de la vieillesse. Elle fait parfaitement lien entre la problématique du temps de la pièce Time et la thématique de la mort sur The Great Gig In The Sky

Lien de la chanson


5. The Great Gig In The Sky (4:44) 

Paroles : La thématique de la vieillesse, représenté dans la reprise de Breathe, nous amène vers une autre grande pression inévitable de la vie, la mort. Cette chanson fût initialement appelé The Mortality Sequence et n'a pas de paroles, mais contient de merveilleux chants de la chanteuse Clare Torry. The Great Gig In The Sky est également la toute dernière pièce du premier côté du long jeux. Certains interprètes que ce fait ait été volontaire afin d’approfondir le thème de la mort, la fin d’un segment. Il est intéressant de noter que les extraits sonores choisis pour la chanson indiquent qu'ils n'ont pas peur de mourir. Ceci est en ligne avec ce qui semble être le message de la chanson. Le titre semble également être un portrait positif de la mort. Le nom a certainement des nuances religieuses, suggérant une vie après la mort. Inversement, le titre pourrait aussi être interprété sarcastiquement, comme une moquerie de la religion. L'idée semble banaliser la symbolisation religieuse du ciel. J’imagine que toute interprétation est bonne, tout dépendant de vos croyances. 

Mélodie : Cette chanson porte très bien son nom, le grand spectacle dans le ciel. Elle sonne effectivement comme une ode céleste. Les magnifiques notes de piano de Rick Wright représentent le spectre des émotions associées à la mort. Parfois sombres, afin de symboliser notre peur, parfois violentes, afin de symboliser la douleur et l’agonie et parfais douces, afin de symboliser l’acceptation. Les chants troublants ont été brillamment improvisés par Clare Torry, avec quelques directions du groupe. Les extraits sonores positifs représentent ce que disons, les chants violents et émotifs ce que nous ressentons. Ces deux éléments mettent en évidence le contraste entre ce que nous disons et la vérité, que nous sommes extrêmement effrayés et attristés par la mort, sans être capable de l’admettre. Nous nous cachons derrière un mur émotionnel.



6. Money (6:32) 

Mélodie : La deuxième face du micro-sillon débute par Money, une pièce qui est une véritable épée à double tranchant, considéré à la fois une des chansons de Pink Floyd les plus reconnaissables et les plus accessibles, mais aussi l'une des plus surestimées. Toujours est-il que pour une chanson à succès, elle est tout à fait unique et artistiquement gratifiante. Le tout débute par un effet sonore de caisse enregistreuse, suivie par la désormais mythique ligne de basse, au style blues, de Waters pour ensuite introduire le premier vers de chant interprété par Gilmour. Une des particularités de Money, c’est qu’elle est écrite dans la signature inhabituelle et très rare de 7/4 pour les vers, avant de se lancée dans un temps plus orienté vers le rock en 4/4, menant à un autre solo de guitare épique de guitare exécuté par David Gilmour au centre de la pièce. Durant ce segment, les tonalités sonores sont également ajustées, formants une section clairsemée sous des passes subtils de guitare. Il se ferme ensuite par une dynamique plus forte et par la pleine démonstration des pouvoirs héroïque du ‘’Guitar God’’ Gilmour, avec l'utilisation lourde de la réverbération de la batterie chaotique par Nick Mason. La chanson comporte également un court solo de saxophone brillamment dirigé par le collaborateur Dick Parry. Ce qui retient cependant le plus mon attention à chaque écoute de Money, c’est la présence dominante de la basse de Roger Water, omniprésente tout au long de la pièce. Souvent dans l’ombre des ses collègues, le talent musical de ce dernier ne doit, en aucun cas, être laissé pour compte. 

Paroles : Grande responsable de bien des maux sur la terre, l’argent est la thématique principale de Money. Il s’agit d’une autre catégorie des pressions de l’humanité représenté sur Dark Side Of The Moon. Bien que la chanson soit clairement racontée du point de vue d’une personne qui désire une abondance d'argent et des biens matériels, les paroles sont clairement de nature satirique et dénonce un tel comportement. La technique de l'utilisation de la satire pour montrer ce qu'il ne faut pas faire est une technique également utilisé sur "The Wall" par le parolier du groupe, où le personnage principal ‘’Pink’’ devient fasciste néonazi. Money représente un espoir de Waters que l'humanité évoluera vers un esprit plus coopératif et moins compétitif au fil des millénaires. S'il ne le fait pas, cela mènera l’humanité à sa propre perte et à une éventuelle extinction. L'ironie est inévitable, puisqu’une chanson qui dénonce la glorification de la richesse et prêche sur les dangers inutiles de la consommation catapulte a catapulté le groupe vers la renommée commerciale. La chanson était toute fois une sorte de message de l’auteur, déclarant que ses opinions socialistes n'allaient pas être influencés par son entrée soudaine dans la célébrité. 



7. Us And Them (7:40) 

Paroles : Les extraits sonores faisant le pont entre Money et Us And Them traitent de la même thématique que Speak To Me. Pareil à ceux de la pièce d’ouverture, il s’agit du résultat du questionnaire de Waters auprès de diverses personnalité fréquentant le studio Abbey Road au sujet de situation personnelle face à la violence et les conséquences de celles-ci. Us And Them représente la lourde tendance individualiste de l’être humain. Cette caractéristique est représenté en trois facettes dans la chanson, la guerre, le racisme et la pauvreté. L’homme se détache de ces problème afin de s’en désensibiliser. Ce comportement découle de l'instinct naturel de l'homme à interagir avec des gens qui ont des choses en commun avec eux, qu'il s'agisse d'un intérêt commun, d'une croyance ou d'un héritage. Cet instinct s’effrite graduellement lorsque les gens commencent à considérer inférieurs ceux qui sont différents d’eux. Certains réagissent de cette façon parce qu’ils ont peur de ces différences, peur de l’inconnu. C'est la racine de ce comportement destructeur que Roger Waters dépeint dans cette chanson.

Mélodie : Les extrait sonores des voix parlant de leur théories et réactions face à leur propre violence (une reprise d’extraits de Speak To Me, en quelque sorte) font le pont entre Money et la sombre pièce la précédant. Au début de sa création, Us And Them fût un projet instrumentale de Rick Wright, destinée à paraître sur la bande sonore du film Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni. La pièce était destinée à une scène représentant une confrontation entre étudiants et policiers, mais Antonioni la rejeta. Plus tard, alors que Pink Floyd est en pleine création de Dark Side Of The Moon, la création de Wright refait surface, intitulée The Violent Sequence. Ils l’a peaufina en lui donnant une vocation plus nostalgique qu’agressive. Sur la chanson, le piano de Wright est très mélancolique et sombre. Waters accentue cet effet par son écriture pessimiste. David Gilmour interprète le chant principal d’une voix très calme durant les vers qui mènent jusqu’à de puissants crescendo, chanté par Gilmour et Wright, accompagné par un chœur de vocalises féminines. Un léger écho des voix du refrain est ajouté au montage afin d’augmenter son niveau d’émotion. Dick Parry et son saxophone jouent également un rôle plus important dans la pièce, ajoutant une touche de tristesse à la chanson déjà très mélancolique. Le dernier refrain et soudainement coupé par une entrée brusque en matière de la pièce Any Colour You Like. 



8. Any Colour You Like (3:25)

Mélodie : La troisième et dernière séquence instrumentale, Any Color You Like (composée par Gilmour, Mason et Wright), débute par une partition de synthétiseur pastoral et une percussion subtile avant d'entrer dans le solo de guitare de Gilmour. Ces élément forment ensemble un superbe ‘’jam’’ psychédélique, merveilleusement planant. La chanson symbolise la transition vers la folie, car elle précède Brain Damage, qui traite directement de ce thème en particulier.



9. Brain Damage (3:50) / 10. Eclipse (2:04)

‘’There is no dark side in the moon, really. Matter of fact, it’s all dark.’’

Bien qu’elle figure comme deux chansons distinctes sur la pochette du disque, ces deux pièces sont indissociables l’une de l’autres. Voilà pourquoi, afin de bien comprendre son sens, il vaut mieux les analyser comme une seule oeuvre. Ces deux pièces représente peut-être bien les textes les plus profonds de toute la carrière de Roger Waters.

Mélodie : Le segment Brain Damage (du moment ou Waters prononce la ligne ‘’The Lunatic is on the grass’’, jusqu’au deuxième refrain) contient de grandes passes de guitares superposées par de légères touches du synthétiseur de Rick Wright, Eclipse (Qui se débute un peu après le deuxième refrain de Brain Damage) revient à un ‘’jam’’, plus traditionnelle du groupe, dirigée par l'orgue Hammond de Wright. Les deux chansons contiennent également de grandes performances par les vocalises féminines, qui accompagne la voie émotive de Waters. Lorsque l'instrumentation principale s'efface, le son du battement de coeur de "Speak to Me" revient au premier plan, bouclant la boucle, typique d’un grand album concept.

Paroles : Le temps, la mort, l’argent et la violence, quatre grandes pressions de la vie. Une fois exposé à l’une, plusieurs et peut-être mêmes toutes ces perturbations, l’être humain est parfois mené à la démence. Tel est le propos de Brain Damage / Eclipse. Le premier verset illustre clairement l'enfance et le désir de se construire psychiquement ainsi que de maintenir l'ordre, rester sain d'esprit. Un acte aussi simple que de rester sur le droit chemin, durant l'enfance, préfigure de se conformer à la société plus tard dans la vie. Waters attaque aussi certaine règles d’autorité envers les enfants, qu’il juge inaudibles. Par exemple, des choses aussi arbitraires que de ne pas marcher sur l'herbe. Le verset suivant semble impliquer que les vrais captifs des médias par les journaux ne sont pas ceux qui y figure, mais les gens qui les lisent. Beaucoup de gens ont fondé leur vie sur les médias et la culture pop, se souciant plus des potins de célébrités que sur des questions qui peuvent vraiment les concerner. Waters conclue que ceux qui se comportent de cette façon et vivent indirectement à travers des célébrités souffre d’une sorte de démence. Il dénonce également les politiciens et célébrités qui profite de la naïveté et de la crédulité de ses pauvres gens. Le premier refrain est une représentation de la chute vers la démence. Cela rappelle le pessimisme même qui est apparent tout au long de l'album, le début d’un questionnement et étonnement de Roger Waters face à l’esprit humain qui culminera à son plein potentiel lors de l’écriture de l’album The Wall. Puis vient la ligne qui représente le plus l’album : ‘’I’ll see you on the Dark Side Of The Moon’’ … Mais que veut dire exactement cette phrase ? Plus important encore, pourquoi Waters utilise-t-il le côté sombre de la lune comme représentation ? Examinons d'abord la signification littérale du terme. La lune tourne autour de la Terre à la même vitesse à laquelle elle pivote, en raison d'un phénomène ayant à voir avec la distribution de poids inégale de la lune elle-même. Pour cette raison, nous pouvoir voir qu’un seul côté de la Lune de la Terre. Il y a beaucoup de folklore et de mythologie sur le mystérieux côté obscur de la lune. En réalité, il est éclairé autant que le côté que nous voyons. La phase de la lune dépend de sa position par rapport à la Terre et au soleil. Le terme «lunatique» a évolué à partir du mot latin ‘’luna’’ (lune), en raison de la croyance antique que la folie variait avec ou était causée par la phase de la lune. Aucune corrélation de ce type n'a cependant été prouvée scientifiquement. Cela établit cependant un lien entre la lune et la folie, nous aidant à comprendre le symbolisme de la chanson. Waters fait le lien entre la lune et la folie en symbolisant qu’elles existent tous les deux, sans êtres vue concrètement. La démence est invisible, attendant d’être exposé. Dans le verset suivant, le narrateur donne une description détachée d'une lobotomie, exécutée sur les patients que l’on juge déments afin de lui permettre de retrouver une santé mentale. C'est certainement une référence à une époque antérieure où la psychologie de l'esprit était incomprise. Les médecins croyaient que les troubles mentaux pouvaient être facilement fixé à l’aide d’une simple chirurgie cervicale. Nous savons maintenant qu'il y a une multitude de causes derrière les troubles mentaux, comme un déséquilibre dans les produits chimiques neurologiques à toutes les «pressions de la vie» illustrées dans l’album Dark Side Of The Moon. En entrevue, Waters a confié qu’il s’était grandement inspiré de la descente vers la folie du premier meneur de file de Pink Floyd, Sid Barrett. Il a cité, en exemple, qu’une des choses que Sid était connu pour faire pendant sa descente vers la folie était de jouer la mauvaise chanson en spectacle. Le groupe débutait la mélodie d’une chanson en particulier, alors que Barrett chantait les paroles d’une autre, donnant un résultat complètement cacophonique. Puis vient Eclipse, afin de conclure le message que véhicule Roger Waters. La signification réelle de cette chanson vient dans les deux dernières lignes, résumant l'album entier dans un message profond. Nos vies peuvent travailler ensemble dans l'harmonie, seulement si nous maintenons les pressions de la vie en échec. Nous devons constamment lutter contre l'envie de les laisser nous déprimer et de prendre totalement le contrôle. Autrement, la folie prendra le dessus sur nos vies et le soleil sera éclipsé par la lune.





















2 commentaires:

  1. L'album est brillamment bien décortiqué, j'ai appris un tas de chose le concernant. Moi qui croyait au départ que le titre ''Dark side of the moon'' faisait référence à une certaine base extra-terrestre sur la face caché de la lune, et bien j'étais dans le champ comme on dit hihi. Faut dire qu'à l'époque, j'étais plus fan des E.T. que de la bonne zizique. Blague à part, c'est très bien rendu et passionnant à lire. Faut dire aussi que quand nous sommes des inconditionnels, c'est plus aisé de s'y imprégner et d'absorber l'information. Bravo!

    RépondreEffacer
  2. Je m'étais procurer le vinyle à la boutique de la polyvalente Armand Corbeil à Terrebonne quand j'étais en secondaire 1 ! Très bonne critique de l'opus !

    RépondreEffacer