samedi 24 décembre 2016

DARK SIDE OF THE MOON (1973)





Intro

Bien que je considère King Crimson comme le groupe le plus important du mouvement, Pink Floyd est le plus grand groupe de l’histoire du rock progressif pour l’ensemble de son œuvre et sa durabilité. Si le premier est considéré comme le père fondateur, celui qui a tracé le chemin de ce genre musical, le second symbolise l’arrivée à la destination. Leur compositions de modèles et structures sont si unique, qu'elles sont au-delà de toute comparaison avec n'importe quel autre musicien. Alors qu’ils oeuvrent au sein d’une catégorie musicale qui regorge de virtuoses, David Gilmour, Rick Wright, Roger Waters et Nick Mason constitue néanmoins le plus grand corpus de musiciens de tous les temps. Ils ont passé leur carrière, leur vie à atteindre les plus hauts sommets sonores. Ces quatre artistes font facilement partie du top 5 des meilleurs musiciens pour chaque uns de leurs instrument individuel. Sans compter que très peu de paroliers ont réussis à égaler le génie de composition lyriques qu’est Roger Water.

Pink Floyd est un groupe qui s'attribue typiquement au style psychédélique/spatial du rock progressif. Les actes pionniers de ce genre ont assimilé des éléments comme des battements hypnotiques répétitifs et des paysages sonores électroniques / ambiants en s'éloignant de l'approche musicale et composition commune. Le synthétiseur avec ses tonalités bouillonnantes et ses motifs spatiaux, provoquant un flux glissant, est un instrument typique de ce genre. Les guitares sont de préférence jouées avec la technique glissando et les effets délais / écho sont fortement utilisés, répétitifs et des paysages sonores électroniques / ambiants en s'éloignant de l'approche musicale et composition commune. Les histoires, les images, les titres de chanson et les noms d'albums faisant référence à des thèmes cosmiques sont des caractéristiques assez courante du genre.

Écouter Pink Floyd est l'expérience musicale déterminante d’une vie. C'est comme si Dieu lui-même est venu et vous a touché. Par contre, nous sommes forcé d'écouter une traduction abrégée de Roger Waters car nous ne sommes pas assez purs pour comprendre ce qui est dit. C'est comme si nous ne serions pas assez dignes de comprendre ce sermon. Elle semble contenir tous les secrets que l'humanité a médité depuis des temps immémoriaux. 

Sorti en 1973, Dark Side of the Moon est sans aucun doute l’album le plus populaire de l'histoire du rock progressif, vendant plus de 35 millions d'exemplaires à travers le monde. Resté dans le Billboard 200 américain pendant une période record de 914 semaines, l'équivalent de plus de 17 ans et 6 mois, le disque représente l'une des meilleures ventes d'albums de tous les temps. Cet album peut constituer une excellente introduction au rock progressif et aux albums concepts à tous ceux et celles qui ne sont pas familier avec le genre.

Mais l’album ne doit pas être considéré comme l’un des plus grands de l’histoire du rock progressif pour son succès commercial, loin de là. Cet aspect ne représente qu’un simple détail à mon avis. Référence de la culture rock depuis maintenant plus de 40 ans, Dark Side Of The Moon est l’un des albums dont la perfection est constamment ramenée à mesurer tous les autres albums du rock progressif. Il a également pousser l'industrie du rock à de nouveaux sommets, non seulement dans les attentes commerciales, mais aussi dans la sophistication technique en studio et en tournée; à la fois en termes de progrès sonore ainsi que les aspects visuels. Dark Side Of The Moon a toujours été l'un des trésors les plus riches de ma collection. Sombre et conceptuel, il plonge dans les vastes régions du cerveau humain laissant beaucoup à l'imagination de l'auditeur. Pink Floyd déploie un large éventail d'émotions, de la beauté tranquille à la démence agités. Il représente, tout simplement, l'un des enregistrements ‘’prog’’ les plus influents et les plus essentiels de tous les temps.



Membres du groupe au moment de l’album

David Gilmour (Guitares et chants)

David Gilmour doit facilement être considéré comme le plus grand guitariste de tout les temps. Sur cet album, il agit comme une âme possédée, brûlant dans un enfer et froid comme la glace en même temps. Il est difficile d'essayer de mettre en mot qu’elle force lui permet d’être si bon. En bref, les habilités qu'il semble posséder s'inspirent d'un domaine inconnu bien au-delà de la pensée humaine et de l'imagination. La magie se produit quand il laisse ce sentiment surgir dans ses mains tout en jouant un solo de guitare. C’est à ce moment que l'on sent qu'il est le plus proche du Nirvana ou tout ce que l'on croit être le but ultime de la Divine Comédie.



Roger Waters (Basse, effets sonores et chants)

Cet album marque la toute première fois dans l’histoire du groupe que le bassiste Roger Waters a composé toutes les paroles. Ses textes sont merveilleux, de la brillance pure. Ses chansons sont souvent basées sur des thèmes affligeants et sombres, mais ses paroles ne sont presque jamais une référence directe à cette tristesse intérieur qu’il possède. Ses compositions sont symboliques et métaphoriques, pleines de références subtiles et subliminales au thème concerné. La profondeur et l'impact des paroles de Waters est tout simplement inégalée. Elle est dans le même domaine que la littérature et la poésie. Ses talents musicaux sont également parfaits, sa basse est forte mais délicate au besoin.




Richard Wright (Piano, synthétiseur , autres claviers et chants)

Rick Wright symbolisait le morceau de papier sur lequel Gilmour, Waters et Mason jouaient et écrivaient leurs notes. Il a composé des mélodies incroyables et créé des effets et des textures impressionnantes qui ont fait briller Pink Floyd au-dessus d'autres groupes du rock progressif. Malgré tout le talent de David Gilmour, Wright était aussi important et responsable du son inégalé du groupe, peut-être même plus. Il a révolutionné les claviers dans la musique rock en ajoutant un sentiment atmosphérique comme sur les chef-d’œuvres Shine on you Crazy Diamond et Echoes. Sans Richard Wright, le Pink Floyd tel qu’on le connaît n’existerait pas. Dark Side Of The Moon contient l’une des musique les plus majestueuse qu’il ait jamais créé. 




Nick Mason (Batteries et percussions)

Dans l’ombre de Neil Peart, Nick Mason fait néanmoins parti des plus grands batteurs de l’histoire du rock progressif. À l’instar des autres membres du groupe, il a su élevé son instrument au dessus des standards du rock. Dark Side Of The Moon est sans aucuns doute le plus bel héritage de sa virtuosité, en particulier l’intro épique de la pièce Time.



Couverture


La pochette, réalisée par Storm Thorgerson du prestigieux studio Hipgnosis, est la réponse à la demande du groupe d'un concept graphique à la fois simple et audacieux. À première vue, il n'y a pas de sens de normalité ou de convention. Tout d'abord il n'y a pas de nom d'album, ni de nom d'artiste. D'une manière ou d'une autre, c'est l'une des oeuvres les plus efficaces jamais créées. Mais ils ont réussi à atteindre cet objectif sans que le public sache quel groupe l'a créé ou le nom de l'album. On pourrait avancer que le manque d'identification serait dans le but de confondre le public et de faire ressortir leur curiosité, les forçant à regarder l'album plus proche. Mais en fait, l’œuvre représente bien plus qu’une simple tactique mercantile. Le symbole au milieu représente la réfraction de la lumière par un prisme. Cela indique, en quelque sorte, les principaux thèmes de l'album; conflit, avidité, vieillissement et maladie mentale. Le symbole du prisme est donc une métaphore de la vie elle-même. Les premières années sont excellentes, elles sont toutes en mouvement, rien ne vous arrête, et soudain, tout change, et vous avez tous ces problèmes dans votre petit monde. Cette idée est également suivi par le fond noir. Comme pour dire que la vie est juste là, au milieu de rien sans signification apparente. Bien sûr, l’idéologie de la ‘’face cachée de la lune’’ et également très présente dans la métaphore de la couverture, ainsi que celle de la vie elle-même. Nous avons tous des secrets, des tempéraments et même des vices que nous cachons à l’intérieur de nous, un côté plus sombres. C’est une métaphore très puissante ; à la fois simple et complexe. D’autres interprétation de la couverture suggère qu’elle représente une pyramide qui symbolise toute sorte de croyances mystiques … À vous d’en faire votre propre conclusion.



Chansons de l’album



1. Speak To Me (1:16)


Mélodie : L'album commence par l'introduction Speak to Me. Le premier son que nous entendons est un battement répétitif, un battement de cœur représentant le début de la vie. Le commencement de la chanson symbolise la conception, tandis que la fin de la piste est la naissance. Le son du rythme cardiaque augmente progressivement afin de représenter un bébé à mesure qu'il grandit. Graduellement sont subtilement introduis différents éléments sonores qui apparaîtrons, ici et là, plus tard sur autres pièces du concept. D'abord les tintements d’horloges de Time, suivi du bruit de la caisse enregistreuse de Money, le rire machiavélique de Brain Damage et le bruit d’avion de On The Run. Bref, la chanson d’ouverture est un espèce de collage globale de l’œuvre complète. Ces extraits sonores sont parsemés de citations vocales en bruit de fond. Vient ensuite le hurlement violent de Claire Torre (extrait de Great Gig In The Sky) menant à un puissant climax qui introduit la prochaine pièce, Breathe. À ce moment exacte, l’auditeur ce dit : ‘’Impossible que l’album conserve cette intensité jusqu’à la toute fin !’’, et pourtant …

Paroles : Les citations vocales entendu dans la pièce introduction, ainsi que dans plusieurs autres chansons de l’album, sont le résultat d’un travail de recherche particulier de Roger Waters. Alors que le groupe enregistra l’album Obscured By Clouds (le micro-sillon précédant Dark Side Of The Moon) au célèbre studio Abbey Road, Waters remis des questionnaires génériques aux ‘’roadies’’ et portiers de l’emplacement ainsi qu’aux membres du groupe Wings (y compris Paul et Linda McCartney). Il s’agissait d’une vingtaine de questions philosophiques et psychologiques du genre ; ‘’Avez-vous peur de mourir ?’’, ‘’Quelle est la dernière fois que vous avez été violent et aviez vous raison de l’être ?’’ et ‘’Que représente le terme ‘’la face cachée de la lune’’ pour vous ?’’. Les réponses les plus spontanées à ces questions sont apparues sur l'album. Paul et Linda n'ont pas fait la coupe, mais le guitariste de Wings, Henry McColluch, a fourni l’une des réponses les plus fabuleuses : ‘’Je ne sais pas, j'étais vraiment ivre à l'époque’’ à la question concernant les comportements violents. Les voix sur les enregistrements n’ont jamais été officiellement crédités à qui que ce soit. Durant un entrevue, Nick Mason a affirmé qu’il croyait que ce sont deux ‘’raodies’’ qui avaient participé, mais il ne s’en souvient pas exactement. Pink Floyd se sont toujours amusé à faire planer ce genre de mystère … 



2. Breathe (2:44)


Mélodie : Après l'apogée de Speak to Me vient le son lisse et aéré de Breathe.

La pièce conserve quelques éléments psychédéliques des années précédentes, mais intègre une belle glisse de guitare électrique marécageuse au ton paradisiaque, un bon riff de basse, une batterie très jazz et une voix très calme de David Gilmour. L'orgue de Rick Wright, pendant le deuxième verset, est un de ses nombreux merveilleux passages. La mélodie planante de Breathe donne l’impression de flotter tranquillement dans l’air.

Paroles : Le narrateur de Breathe donne des conseils sur la vie. Il semble être d’âge mûre, ayant l’expérience de toute une vie et un peu blasé. Il s’adresse à la personne qui vient de naître. La chanson commence adéquatement avec le mot respirer, puisque c'est la première action d'une personne dans la vie. L’interlocuteur enseigne à son protégé de prendre chaque petites choses de la vie comme un bouffée d’air. il souligne l'importance de simplement respirer; de ne pas être si préoccupé par les événements de la vie que nous oublions de relaxer. Cette prémisse symbolise non seulement le message de la chanson, mais de l'album entier. Car la négation de ce conseil peut nous amener à la démence. L'un des facteurs importants de cette chanson est qu'elle introduit l'un des principaux symboles récurrents sur l'album, le soleil. Il est utilisé comme symbole du bien et de la vérité, à l’opposé de la lune. Cette dernière est primordial à l’œuvre de Dark Side Of The Moon, ce qui explique le titre. Elle symbolise les obscurités de la vie, plus précisément les pressions auxquelles nous sommes tous exposés, ce qui peut même conduire à la folie. C'est tout à fait ce que l'album représente dans son ensemble.



3. On The Run (3:32) 

Mélodie : On The Run est la toute première piste de l’album qui plonge directement dans la thématique des pressions de la vie moderne. Cette chanson, comme plusieurs autres sur l'album est instrumental et n'a pas de paroles. Grâce à l'utilisation d'effets sonores, la chanson prend cependant toute ça signification. Un autre magnifique exemple que le rock progressif peut souvent représenter des idées et des thèmes par la voie du son et de la mélodie, à l’instar de musique plus traditionnel qui ne s’en tient qu’au chant. Il est clair que le décor représenté dans cette chanson est celui d'un aéroport. Des sons de jets peuvent être entendus en arrière-plan, ainsi qu'une voix féminine annonçant des vols. Des pas de course d’une personne ayant la respiration lourde peuvent être entendus. Cet individu tentant, tant bien que mal, de ne pas manquer son vol. Ensuite, vient un extrait sonore qui symbolise qu’il faut vivre chaque jour comme si c'était votre dernier. Les rires de cette personne s’intensifient de plus en plus juste avant le bruit d'un avion qui s'écrase, puis le rire n'est plus. Basé sur le fait que l'homme rit avant que l'avion ne s'arrête et que le rire s'arrête, il faut conclure que l'homme était dans l'avion, qu'il savait qu'il s'écrasait. En chute libre jusqu'à sa mort, il réalise enfin la futilité ou la folie d'être dans une course pour attraper l'avion plus tôt. Superbe métaphore du fait que l’on ‘’court’’ (le terme courir peut aussi être interprété comme une fourme de stress ou d’anxiété) toute sa vie pour finalement s’apercevoir, au bout de celle-ci, qu’il n’y avait aucune raison de s’en faire autant. Cette pièce a été créée en s'alimentant d'une série simple de notes à l’aide d’un synthétiseur VCS3 et en l'accélérant le tout avec un générateur de bruits (On peut apercevoir le travail exécuté par Roger Waters dans un extrait du film Pink Floyd live at Pompeii). À ses effets ont été ajouté un trame d’improvisation de guitares de David Gilmour.



4. Time / Breathe (reprise) (7:06)

Mélodie : Suivant l'explosion sonore des horloges, l'ambiance se fait progressivement sombre avec des rototoms atmosphériques (membranophone qui se place dans la famille des toms de batterie mais en diffère cependant par plusieurs spécificités.), des accords de guitare sinistres et un bruit de fond ressemblant au ‘’tic toc’’ d’une horloge exécuté par Waters en pinçant deux cordes muettes de sa basses. Par l’effet du son d'un battement de coeur, il vise à représenter que même notre propre rythme cardiaque joue contre nous, en faisant un décompte de notre propre mort, tout comme le fait le temps. Lorsque les tambours, percutants comme un coup de tonnerre, annoncent le véritable début de la chanson, s’en suit une sortie fantastique vers une mélodie de rock à part entière qui contient l'un des plus mémorable ‘’lead’’ de guitare jamais entendu auparavant. Tout au long de la chanson, la batterie est plus rapide et à l'avant-garde du reste des instruments. Cela donne à Time son rythme unique et peu orthodoxe tout en isolant Mason et ses prouesses en tant que batteur. Les autres instruments (guitare électrique, synthétiseur et basse) accompagne les percussions et maintiennent le concept de la chanson avec leurs rythmes et leurs tons. La mélodie est si riches en raison de l'excellente production et musicalité. Elle contient des voix profondément émotives de David Gilmour et Richard Wright, accompagné par un chœur de voix féminines en vocalises. Gilmour chante vigoureusement, tandis que Wright exprime doucement sa partie vocale, capturant les deux humeurs séparées de la chanson, la colère et le désespoir implacable. Soudain arrive le point culminant de la pièce, le majestueux solo de guitare de David Gilmour. Il nous aspire tout droit dans une tornade. Les meilleurs solos sont souvent mis en place par ce qui les précède, celui-ci n'est pas une exception. Gilmour fait littéralement crier et gémir sa guitare. C’est un pure plaisir, comme faire un voyage astral. La guitare s’estompe enfin pour nous laisser retomber sur terre. Reprise des couplets distincts des deux chanteurs pour ensuite faire place à une courte reprise de Breathe. Celle-ci servant à faire le pont entre Time et la merveilleuse pièce Great Gig In The Sky. Cette chanson est l’un des chefs-d’œuvre de Pink Floyd. Non seulement due à sa poésie resplendissante et son étonnante éclat mélodique, mais surtout parce qu’elle représente l’ambiance sonore définitive du groupe. Elle fait partie, avec Shine On et Echoes, des pièces sur lesquelles l’ont peut véritablement apprécier le talent de tous les musiciens, à leur juste valeur. Elle est définitivement dans mon top 3 des plus grandes chansons du groupe.

Paroles : Toujours dans la thématique des pressions de la vie, cette-fois ci Roger Waters se penche particulièrement sur les problématiques du temps. Les textes de Time sont relativement puissants et provocants. L’une des grandes ironies de la vie est que nous souhaitons que le temps passe vite quand nous nous ennuyons, mais il y a d'autres moments où nous nous amusons ou que nous sommes pressés et souhaitons que le temps ralentisse. La vie est trop courte pour en gaspiller une seule seconde, voilà le message véhiculé par le parolier. Mais, comme l’exprime Waters, le principe est bien plus complexe. Comment fait-on pour déterminer ce qui vaut la peine et ce qui est inutile ? Chacun doit décider pour lui-même ou elle-même et en aucun cas laisser autrui décider pour nous : ‘’Waiting for someone or something to show you the way …”. Lorsque vous êtes jeune, la mort n’est pas à l'horizon dans votre esprit, vous croyez avoir tout le temps dans le monde. Le grand piège du temps est que l’on se rend compte qu’il faut pleinement profiter de la vie alors qu’il est probablement déjà trop tard : ‘’No one told you when to run, you miss the starting gun …’’. Le ‘’pistolet de départ’’ est également une allusion de la vie comme étant une course. C’est là que l’on s’aperçoit que le temps et la vie sont les plus grands ennemies du monde. La vie est une course, mais rien ne rattrape le temps. Sur la pièce, l’opposition de ces deux réalités est symbolisé par le soleil, qui est une mesure du temps lui-même. Le protagoniste de '' Time '' essai de suivre le rythme de vie du soleil. Il se dit que, comme lui, le soleil se couche la nuit et se lève au matin. Cependant, le soleil n’a pas vieilli aussi rapidement que l’homme, car une journée pour le soleil n'est rien comparé à sa durée de vie d’une durée de milliards d'années. Alors que le jour perdu pour nous est relativement, évidemment plus significatif. Mais pourtant, le soleil a tout de même vieilli, lui aussi et il se rapproche également de la mort. La conclusion de Waters est donc que rien est à l’épreuve du temps, même l’astre qui est notre source principale de vie, ‘’The sun is the same, in a relative way, but you’re older. Shorter of breath and one day, closer to death...’’. À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’une perspective négative sur la vie. Il n’y a pas de doutes, c’est un triste sort qui attends tous les êtres vivants de la terre. Il serait facile de trouver les textes de Time déprimants, mais je crois que Roger Waters vise plutôt à nous faire comprendre que nous avons besoin de profiter au maximum du temps que nous avons, à l’instar du premier verset. Une fois de plus, fidèle à son écriture, l’auteur créé une parfaite boucle dont le thème est tout simplement : le temps est précieux ! Il termine la chanson de façon en brillante en disant qu’elle est terminé mais qu’il aurait d’autres choses à dire, un peu comme le disent tant de gens à la fin de leur vie : ‘’J'aurais pu, j’aurais voulu faire plus…’’. Cette pièce est tant chargée d’émotions, elle est le testament parfait du brillant parolier qu’est Roger Waters. La reprise de Breathe traîte particulèrement de la vieillesse. Elle fait parfaitement lien entre la problématique du temps de la pièce Time et la thématique de la mort sur The Great Gig In The Sky

Lien de la chanson


5. The Great Gig In The Sky (4:44) 

Paroles : La thématique de la vieillesse, représenté dans la reprise de Breathe, nous amène vers une autre grande pression inévitable de la vie, la mort. Cette chanson fût initialement appelé The Mortality Sequence et n'a pas de paroles, mais contient de merveilleux chants de la chanteuse Clare Torry. The Great Gig In The Sky est également la toute dernière pièce du premier côté du long jeux. Certains interprètes que ce fait ait été volontaire afin d’approfondir le thème de la mort, la fin d’un segment. Il est intéressant de noter que les extraits sonores choisis pour la chanson indiquent qu'ils n'ont pas peur de mourir. Ceci est en ligne avec ce qui semble être le message de la chanson. Le titre semble également être un portrait positif de la mort. Le nom a certainement des nuances religieuses, suggérant une vie après la mort. Inversement, le titre pourrait aussi être interprété sarcastiquement, comme une moquerie de la religion. L'idée semble banaliser la symbolisation religieuse du ciel. J’imagine que toute interprétation est bonne, tout dépendant de vos croyances. 

Mélodie : Cette chanson porte très bien son nom, le grand spectacle dans le ciel. Elle sonne effectivement comme une ode céleste. Les magnifiques notes de piano de Rick Wright représentent le spectre des émotions associées à la mort. Parfois sombres, afin de symboliser notre peur, parfois violentes, afin de symboliser la douleur et l’agonie et parfais douces, afin de symboliser l’acceptation. Les chants troublants ont été brillamment improvisés par Clare Torry, avec quelques directions du groupe. Les extraits sonores positifs représentent ce que disons, les chants violents et émotifs ce que nous ressentons. Ces deux éléments mettent en évidence le contraste entre ce que nous disons et la vérité, que nous sommes extrêmement effrayés et attristés par la mort, sans être capable de l’admettre. Nous nous cachons derrière un mur émotionnel.



6. Money (6:32) 

Mélodie : La deuxième face du micro-sillon débute par Money, une pièce qui est une véritable épée à double tranchant, considéré à la fois une des chansons de Pink Floyd les plus reconnaissables et les plus accessibles, mais aussi l'une des plus surestimées. Toujours est-il que pour une chanson à succès, elle est tout à fait unique et artistiquement gratifiante. Le tout débute par un effet sonore de caisse enregistreuse, suivie par la désormais mythique ligne de basse, au style blues, de Waters pour ensuite introduire le premier vers de chant interprété par Gilmour. Une des particularités de Money, c’est qu’elle est écrite dans la signature inhabituelle et très rare de 7/4 pour les vers, avant de se lancée dans un temps plus orienté vers le rock en 4/4, menant à un autre solo de guitare épique de guitare exécuté par David Gilmour au centre de la pièce. Durant ce segment, les tonalités sonores sont également ajustées, formants une section clairsemée sous des passes subtils de guitare. Il se ferme ensuite par une dynamique plus forte et par la pleine démonstration des pouvoirs héroïque du ‘’Guitar God’’ Gilmour, avec l'utilisation lourde de la réverbération de la batterie chaotique par Nick Mason. La chanson comporte également un court solo de saxophone brillamment dirigé par le collaborateur Dick Parry. Ce qui retient cependant le plus mon attention à chaque écoute de Money, c’est la présence dominante de la basse de Roger Water, omniprésente tout au long de la pièce. Souvent dans l’ombre des ses collègues, le talent musical de ce dernier ne doit, en aucun cas, être laissé pour compte. 

Paroles : Grande responsable de bien des maux sur la terre, l’argent est la thématique principale de Money. Il s’agit d’une autre catégorie des pressions de l’humanité représenté sur Dark Side Of The Moon. Bien que la chanson soit clairement racontée du point de vue d’une personne qui désire une abondance d'argent et des biens matériels, les paroles sont clairement de nature satirique et dénonce un tel comportement. La technique de l'utilisation de la satire pour montrer ce qu'il ne faut pas faire est une technique également utilisé sur "The Wall" par le parolier du groupe, où le personnage principal ‘’Pink’’ devient fasciste néonazi. Money représente un espoir de Waters que l'humanité évoluera vers un esprit plus coopératif et moins compétitif au fil des millénaires. S'il ne le fait pas, cela mènera l’humanité à sa propre perte et à une éventuelle extinction. L'ironie est inévitable, puisqu’une chanson qui dénonce la glorification de la richesse et prêche sur les dangers inutiles de la consommation catapulte a catapulté le groupe vers la renommée commerciale. La chanson était toute fois une sorte de message de l’auteur, déclarant que ses opinions socialistes n'allaient pas être influencés par son entrée soudaine dans la célébrité. 



7. Us And Them (7:40) 

Paroles : Les extraits sonores faisant le pont entre Money et Us And Them traitent de la même thématique que Speak To Me. Pareil à ceux de la pièce d’ouverture, il s’agit du résultat du questionnaire de Waters auprès de diverses personnalité fréquentant le studio Abbey Road au sujet de situation personnelle face à la violence et les conséquences de celles-ci. Us And Them représente la lourde tendance individualiste de l’être humain. Cette caractéristique est représenté en trois facettes dans la chanson, la guerre, le racisme et la pauvreté. L’homme se détache de ces problème afin de s’en désensibiliser. Ce comportement découle de l'instinct naturel de l'homme à interagir avec des gens qui ont des choses en commun avec eux, qu'il s'agisse d'un intérêt commun, d'une croyance ou d'un héritage. Cet instinct s’effrite graduellement lorsque les gens commencent à considérer inférieurs ceux qui sont différents d’eux. Certains réagissent de cette façon parce qu’ils ont peur de ces différences, peur de l’inconnu. C'est la racine de ce comportement destructeur que Roger Waters dépeint dans cette chanson.

Mélodie : Les extrait sonores des voix parlant de leur théories et réactions face à leur propre violence (une reprise d’extraits de Speak To Me, en quelque sorte) font le pont entre Money et la sombre pièce la précédant. Au début de sa création, Us And Them fût un projet instrumentale de Rick Wright, destinée à paraître sur la bande sonore du film Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni. La pièce était destinée à une scène représentant une confrontation entre étudiants et policiers, mais Antonioni la rejeta. Plus tard, alors que Pink Floyd est en pleine création de Dark Side Of The Moon, la création de Wright refait surface, intitulée The Violent Sequence. Ils l’a peaufina en lui donnant une vocation plus nostalgique qu’agressive. Sur la chanson, le piano de Wright est très mélancolique et sombre. Waters accentue cet effet par son écriture pessimiste. David Gilmour interprète le chant principal d’une voix très calme durant les vers qui mènent jusqu’à de puissants crescendo, chanté par Gilmour et Wright, accompagné par un chœur de vocalises féminines. Un léger écho des voix du refrain est ajouté au montage afin d’augmenter son niveau d’émotion. Dick Parry et son saxophone jouent également un rôle plus important dans la pièce, ajoutant une touche de tristesse à la chanson déjà très mélancolique. Le dernier refrain et soudainement coupé par une entrée brusque en matière de la pièce Any Colour You Like. 



8. Any Colour You Like (3:25)

Mélodie : La troisième et dernière séquence instrumentale, Any Color You Like (composée par Gilmour, Mason et Wright), débute par une partition de synthétiseur pastoral et une percussion subtile avant d'entrer dans le solo de guitare de Gilmour. Ces élément forment ensemble un superbe ‘’jam’’ psychédélique, merveilleusement planant. La chanson symbolise la transition vers la folie, car elle précède Brain Damage, qui traite directement de ce thème en particulier.



9. Brain Damage (3:50) / 10. Eclipse (2:04)

‘’There is no dark side in the moon, really. Matter of fact, it’s all dark.’’

Bien qu’elle figure comme deux chansons distinctes sur la pochette du disque, ces deux pièces sont indissociables l’une de l’autres. Voilà pourquoi, afin de bien comprendre son sens, il vaut mieux les analyser comme une seule oeuvre. Ces deux pièces représente peut-être bien les textes les plus profonds de toute la carrière de Roger Waters.

Mélodie : Le segment Brain Damage (du moment ou Waters prononce la ligne ‘’The Lunatic is on the grass’’, jusqu’au deuxième refrain) contient de grandes passes de guitares superposées par de légères touches du synthétiseur de Rick Wright, Eclipse (Qui se débute un peu après le deuxième refrain de Brain Damage) revient à un ‘’jam’’, plus traditionnelle du groupe, dirigée par l'orgue Hammond de Wright. Les deux chansons contiennent également de grandes performances par les vocalises féminines, qui accompagne la voie émotive de Waters. Lorsque l'instrumentation principale s'efface, le son du battement de coeur de "Speak to Me" revient au premier plan, bouclant la boucle, typique d’un grand album concept.

Paroles : Le temps, la mort, l’argent et la violence, quatre grandes pressions de la vie. Une fois exposé à l’une, plusieurs et peut-être mêmes toutes ces perturbations, l’être humain est parfois mené à la démence. Tel est le propos de Brain Damage / Eclipse. Le premier verset illustre clairement l'enfance et le désir de se construire psychiquement ainsi que de maintenir l'ordre, rester sain d'esprit. Un acte aussi simple que de rester sur le droit chemin, durant l'enfance, préfigure de se conformer à la société plus tard dans la vie. Waters attaque aussi certaine règles d’autorité envers les enfants, qu’il juge inaudibles. Par exemple, des choses aussi arbitraires que de ne pas marcher sur l'herbe. Le verset suivant semble impliquer que les vrais captifs des médias par les journaux ne sont pas ceux qui y figure, mais les gens qui les lisent. Beaucoup de gens ont fondé leur vie sur les médias et la culture pop, se souciant plus des potins de célébrités que sur des questions qui peuvent vraiment les concerner. Waters conclue que ceux qui se comportent de cette façon et vivent indirectement à travers des célébrités souffre d’une sorte de démence. Il dénonce également les politiciens et célébrités qui profite de la naïveté et de la crédulité de ses pauvres gens. Le premier refrain est une représentation de la chute vers la démence. Cela rappelle le pessimisme même qui est apparent tout au long de l'album, le début d’un questionnement et étonnement de Roger Waters face à l’esprit humain qui culminera à son plein potentiel lors de l’écriture de l’album The Wall. Puis vient la ligne qui représente le plus l’album : ‘’I’ll see you on the Dark Side Of The Moon’’ … Mais que veut dire exactement cette phrase ? Plus important encore, pourquoi Waters utilise-t-il le côté sombre de la lune comme représentation ? Examinons d'abord la signification littérale du terme. La lune tourne autour de la Terre à la même vitesse à laquelle elle pivote, en raison d'un phénomène ayant à voir avec la distribution de poids inégale de la lune elle-même. Pour cette raison, nous pouvoir voir qu’un seul côté de la Lune de la Terre. Il y a beaucoup de folklore et de mythologie sur le mystérieux côté obscur de la lune. En réalité, il est éclairé autant que le côté que nous voyons. La phase de la lune dépend de sa position par rapport à la Terre et au soleil. Le terme «lunatique» a évolué à partir du mot latin ‘’luna’’ (lune), en raison de la croyance antique que la folie variait avec ou était causée par la phase de la lune. Aucune corrélation de ce type n'a cependant été prouvée scientifiquement. Cela établit cependant un lien entre la lune et la folie, nous aidant à comprendre le symbolisme de la chanson. Waters fait le lien entre la lune et la folie en symbolisant qu’elles existent tous les deux, sans êtres vue concrètement. La démence est invisible, attendant d’être exposé. Dans le verset suivant, le narrateur donne une description détachée d'une lobotomie, exécutée sur les patients que l’on juge déments afin de lui permettre de retrouver une santé mentale. C'est certainement une référence à une époque antérieure où la psychologie de l'esprit était incomprise. Les médecins croyaient que les troubles mentaux pouvaient être facilement fixé à l’aide d’une simple chirurgie cervicale. Nous savons maintenant qu'il y a une multitude de causes derrière les troubles mentaux, comme un déséquilibre dans les produits chimiques neurologiques à toutes les «pressions de la vie» illustrées dans l’album Dark Side Of The Moon. En entrevue, Waters a confié qu’il s’était grandement inspiré de la descente vers la folie du premier meneur de file de Pink Floyd, Sid Barrett. Il a cité, en exemple, qu’une des choses que Sid était connu pour faire pendant sa descente vers la folie était de jouer la mauvaise chanson en spectacle. Le groupe débutait la mélodie d’une chanson en particulier, alors que Barrett chantait les paroles d’une autre, donnant un résultat complètement cacophonique. Puis vient Eclipse, afin de conclure le message que véhicule Roger Waters. La signification réelle de cette chanson vient dans les deux dernières lignes, résumant l'album entier dans un message profond. Nos vies peuvent travailler ensemble dans l'harmonie, seulement si nous maintenons les pressions de la vie en échec. Nous devons constamment lutter contre l'envie de les laisser nous déprimer et de prendre totalement le contrôle. Autrement, la folie prendra le dessus sur nos vies et le soleil sera éclipsé par la lune.





















samedi 17 décembre 2016

THICK AS A BRICK (1972)


Intro

L’image de Jethro Tull fût la création de l’excentrique flûtiste Ian Anderson. Conçue comme un groupe de blues psychédélique à la fin de 1967, la musique de Jethro Tull a toujours été intimidante, embrassant de nombreux styles, y compris le blues, le jazz, le folk, le médiéval, le classique, le hard rock ainsi que les incursions dans la musique électronique. Mais sa tendance, surtout dans les années 70, à de longues compositions, aux changement de temps récurrents et aux albums concepts en fait un groupe prototype du rock progressif. Les paroles étaient toutes aussi sophistiquées et parfois atteignaient de nouveaux sommets de grandiloquence commentant les événements mondiaux déprimants tels que ; l'abus de drogues, la crise du pétrole, la modernisation, les troubles du tiers monde et une économie en détérioration. D'autres sujets comprenaient les modes (esthétiques et philosophiques), les romans d'espionnage, les questions environnementales et sociales, ainsi que des réflexions métaphysiques. Aussi légendaire que son nom provenant de l’Anglaise antique, Jethro Tull sera toujours considéré comme l'un des groupes de rock les plus appréciés.

Thick As A Brick est l'une de ces oeuvres qui atteint les étoiles. C'est un de mes albums préférés du rock progressif et de loin le meilleur album de Jethro Tull. Les tournures de phrases sont magistrales, il y a un mélange étonnant de merveille artistique et une telle satire sociale n’a jamais été faite, même étroitement reproduite dans la musique moderne.

En réaction aux critiques qui qualifiaient l'album précédent du groupe, Aqualung, d'un album-concept’’, contre l'avis même de Ian Anderson, celui-ci décide d'écrire et d’enregistrer un véritable album-concept sur un mode ironique, composé d'une seule chanson occupant la totalité de l'album (soit 43 minutes). Les paroles sont présentées comme un poème écrit par Gerald Bostock, un enfant de huit ans, qui reçut un prix pour son œuvre littéraire avant de se le voir retirer pour avoir prononcé un gros mot à la télévision. L'article en ‘’une’’ de la pochette décrit en détail cette affaire totalement fictive.


Membres du groupe au moment de l’album

Ian Anderson (Parolier, chants, flûte traversière, guitare acoustique, violon, saxophone, trompette.)
Vêtu de vêtements vagabonds, barbu et moustachu, et ressemblant plus à un anachronisme d'un conte de Charles Dickens, Anderson a transmis une vieille aura anglaise pendant les années de formation du groupe à la fin des années 60 et au début des années 70, autant de façon visuelle que musicale. Il est, à mon avis, le principal responsable de la venue de la flûte traversière dans l’univers du rock. Sa tendance à se tenir sur une jambe tout en jouant de la flûte est survenu par hasard, puisqu’il devait se tenir sur une jambe pour jouer de la flûte ou de l’harmonica, tout en tenant le microphone pour l'équilibre. Anderson est connu pour sa célèbre pose ‘’à une patte’’ et était autrefois désigné comme le "flamant rose dérangé". La profondeur de ses textes et l’émotion avec laquelle il les livre est tout simplement légendaire sur cet album.

John Evans (Orgue Hammond, piano et clavecin)

Les meilleurs moments de John Evans sont sur cet album. Un spectaculaire son de l'orgue Hammond ; plus expressif, épique, doux, grondant et même chuchotant par moment. Un sublime ton de piano, soigneusement choisi. Seul Dave Stewart, à l’époque de National Health et Khan, est sur un même niveau en tenant compte de la palette sonore.

Martin Barre (Guitare électrique)
Martin Barre est crucial sur cet album, surtout dans les parties difficiles lorsque sa guitare ajoute de la personnalité et de la force à la musique.

Barriemore Barlow (Batterie et percussions)La batterie est parfaite. La façon dont Barlow remplit le tempo 5/4 est un bel exemple. Comme un feu roulant de percussions.

Jeffrey Hammond (Basse)
Connu pour être le plus burlesque du groupe, après Ian Anderson bien sûr. La basse de Hammond joue le même rôle sur l’album, tout en tenant le rythme avec précission.


Couverture

La pochette représente la une d'un journal fictif, The St. Cleve Chronicle & Linwell Advertiser. L'édition originale de l'album inclut un faux numéro de ce journal de plusieurs pages, dont les articles contiennent des références aux paroles de l'album éparpillées dans les articles. C’est par la pochette que Jethro Tull se moque directement des albums concept, en faisant à croire que l’album est à propos de l’histoire du petit Gerald Bostock, alors qu’elle ne l’est pas du tout.


Chanson de l’album

1. Thick As A Brick (43:44)

Paroles : J'ai toujours vu les paroles de Thick as a Brick comme une série de vignettes qui tournent autour d'un thème central. Il me semble que Gerald Bostock fût inventé seulement pour la couverture de l'album. Par conséquent, Bostock n'a pas affecté la perspective des paroles originales eux-mêmes. Le titre de l’album désigne une expression Anglaise qualifiant une personne, un groupe, une action ou un symbole de stupide. Ce que fait Ian Anderson par son texte, et de répondre à la question : ‘‘À qui s’adresse l’insulte ?’’ Les thèmes principaux sont plutôt une élaboration de ceux se rapprochant à l’album Aqualung. La chanson est interprétée par un jeune homme, plein de vigueur et qui ne s’est pas encore abandonné à une indifférence face au système, constatant ce qui ne va pas avec la société et ne peut pas croire que les aînés se sont conformés. Les textes de l’album sont, en soit, des illustrations, métaphores et opinions anti-conformistes. Ian Anderson s’attaque principalement à la religion organisée. Il examine également les sédiments sans âme et sans foi de la société. Par exemple, aux gens d'affaires qu'il caricature comme divers types d'animaux ‘’rat races’’. Il commente aussi le libre arbitre contre la pré-destinée guidée par Dieu en comparant la vie à une étape sur laquelle le seul acteur (vous, moi, nous) sort sans un scénario et doit improviser. L’auteur déplore comment la société et la religion organisée se répandent, en lavant le cerveau des enfants avant qu'ils ne deviennent assez vieux pour penser par eux-mêmes. En général, je pense que Ian croit au libre arbitre et aux aspects humanitaires des religions modernes. Nous pouvons déterminer nos propres actions et nous sommes chargés de la responsabilité d'agir avec compassion envers nous-mêmes, les autres personnes, les animaux et la nature. Il croit qu'il est faux de s'appuyer sur une divinité personnifiée ( «Dieu») - un dieu qui viendra chevaucher comme le Grand Chevalier Blanc pour nous «sauver» de nos propres actions stupides. Bien qu’il croit que l’idée de base des religions à pour but de faire le bien, il s’objecte au fait que l'abus des croyances conduit à beaucoup de maux dans notre société. Le principal mode de défaillance des religions organisées est qu'elles permettent à un ordre de classe de se former, avec une divinité personnifiée au sommet, une sorte de structure pyramidale. Ce phénomène permet aux gens moyens d'abdiquer leurs responsabilités envers les autres et envers la nature, en ‘‘lançant la balle’’ à une entité situé plus haut dans la pyramide. Cela permet aux opportunistes d'assumer le pouvoir en feignant d'avoir des liens que les simples mortels n'ont pas et d'absoudre les péchés des classes inférieures, gagnant ainsi leur gratitude et leur loyauté. Ils peuvent emmener une grande armée de croyants avec eux pour faire leur soumission, faire le mal.


Mélodie : Bien qu’elle forme une seule chanson en tout, le groupe ont séparée Thick As A Brick en deux parties pour des raisons techniques. Tout simplement, il fallait remplir les deux faces du disque. Donc, en l’honneur de cette forme, j’ai opté d’analyser l’œuvre mélodique de la pièce de cette même façon.

1ère partie : Tout commence par ce segment iconique ; la guitare acoustique, la voix distincte de Ian Anderson, et bien sûr, sa fameuse flûte traversière. Les trois premières minutes ne sont pas aisément oubliées et la mélodie vocale rebondit de haut en bas, comme des vagues rapides. Par la suite, la douce lune de miel est terminée et les textures folkloriques progressives qui ont pénétré le début donnent lieu à du rock beaucoup plus lourd. Un solo de guitare et d'orgue sauvage est exécuté sur une ligne de basse sautillante. Anderson donne une performance vocale fantastique, en chantant un des thèmes les plus importants de cette pièce, ‘’The poet and the painter casting shadows on the water …’’. Deux guitares ‘’distortionnées’’ forment un solo, une par dessus l’autre, avec des passes de flûtes florissantes et d'orgues dispersés, avant que le chanteur ne répète le thème, accompagné d’un grand piano, aux premiers abords. C’est alors qu’un mariage parfait entre les instruments ; l’orgue, la flûte et la basse jouent ensemble dans un court segment polyphonique, pour introduire ensuite le chant de la partie suivante. Plus tard, l'orgue est plus fort que jamais, donnant parfois à l'auditeur un avant-goût du thème musical qui domine la seconde moitié de la première partie. Les variations de ce thème se produisent jusqu'à ce que l'introduction de guitare acoustique se faufile dans la composition. Bientôt, le motif final (et l'un des plus amusants) émerge. Les paroles restent de premier ordre, mais convenablement obscures, et Anderson les chante avec son ton habituellement sarcastique. Les derniers moments de la première partie sont des riffs utilisé pour relier l'introduction acoustique au reste de la chanson. Dans l'ensemble, cette première partie se distingue comme l'une des plus grandes réalisations de Jethro Tull.

2e partie : La deuxième partie commence avec presqu’une minute de bruit et une version étouffée du dernier morceau de la première partie. C’est un segment délicieusement lugubre. Le batteur entre dans un solo rapide, parsemé d’interludes musicaux poivrés. Il y a quelques mots bizarres et quelques silences avant que l'introduction acoustique du tout début de la chanson partie nous fait grâce d’une autre apparence. La mélodie est la même, mais les paroles sont différentes. La sixième minute laisse particulièrement place à un fabuleux travail de guitare acoustique, ainsi qu’une grande performance vocale de Ian Anderson. Sa voix est si émotive et si poétique. Pour une grande partie du segment suivant, il y a un riff guitare joué doucement et puis à plusieurs reprises. Bien qu'il soit tentant de dire que la flûte prend le rôle d'instrument principal pendant une grande partie des dix dernières minutes environ, il serait plus précis de noter que l'instrument à vent suit le reste du groupe étroitement, déviant rarement. La guitare est majestueuse et l’exécution du synthétiseur n’est rien de moins que brillante. La section vocale de la fin de la première partie trouve son chemin dans la fin de la seconde, seulement l'instrumentation est un peu plus grinçante. Au lieu de la section rauque utilisée pour fermer la première partie, une section de cordes suivie d'un solo d'organes tendres mais vivant cède la place à une reprise du chœur utilisé au tout début de l'album. Anderson se met à rire, et les quarante minutes de l'opus se termine. Purement magnifique !



samedi 10 décembre 2016

SELLING ENGLAND BY THE POUND (1973)


Introduction

Parmi les groupes iconiques de rock progressif, Genesis est surtout connu pour le superbe quintet de Peter Gabriel, Phil Collins, Steve Hackett, Mike Ruthefrod et Tony Banks, qui ont joué ensemble de 1971 (sorti de l’album Nursery Cryme) jusqu’en 1974 (sorti de l’album The Lamb Lies Down On Broadway). Très hautement glorifié au début des années 70 pour son style théâtrale et l’immense talent de ses musiciens, Genesis est un incontournable du rock progressif.

Selling England By The Pound est un album ‘’concept’’. C’est-à-dire, une oeuvre unifié par un thème ou une histoire élaborée et dominante. Il traite la chute de la Grande-Bretagne, perdant son empire et les conséquences sur la vie quotidienne des Anglais. La crise qu'ils ont endurée et la première crise pétrolière qui s'est produite à cette époque.

Si je compare cet album aux deux albums précédents, Foxtrot et Nursery Cryme (deux excellents albums en leurs genres, dont je ferais une analyse plus tard), Selling England By The Pound est plus léché. Il exploite davantage la virtuosité du claviériste Tony Banks et du guitariste Steve Hackett, tout en conservant la lumière sur la folie créatrice de Peter Gabriel.



Membres du groupe au moment de l’album



Peter Gabriel (Parolier, chants, percussions, flûte traversière et hautbois) 


Peter Gabriel est tout simplement un génie. Parolier incomparable, chanteur incroyablement charismatique et musicien sous-estimé, il est l'une des figure les plus connues du rock progressif. Gabriel a pratiquement inventé la théâtralité du rock. En spectacle, Genesis a connu beaucoup de succès en grande partie grâce à la présence flamboyante sur scène de leur chanteur. Il utilisait de nombreux costumes extravagants et des histoires fantastiques, racontées pour l'introduction de chaque chanson.



Tony Banks (Orgue Hammond, piano, mellotron, synthétiseurs ARP Pro Soloist)

Les claviers de Tony Banks sont plus lisses et plus subtils que sur Foxtrot. Le piano est plus présent et il réduit la présence d'orgue au profit d'un synthétiseur Hammond au son plus doux. Les chœurs de mellotron sont également grandement appréciés. Pour son œuvre d'art légendaire sur les pièces The Cinema Show, Firth Of Fifth et plusieurs autres solos épiques (parmi ceux là, les nombreux solo du classique chef-d'œuvre Supper's Ready de l'album Foxtrot), je n'ai pas le choix de déclarer Tony Banks comme le plus grand claviériste de tous les temps. Une très légère petite coche au dessus de Keith Emerson (ELP), Rick Wakeman (Yes) et Rick Wright (Pink Floyd)



Steve Hackett (Guitares électrique et guitare acoustique)

La guitare de Steve Hackett est pour la première fois vraiment sentimentalement orientée: Les solos romantiques, jamais agressifs, sont la nouvelle marque de commerce sur ce disque. La guitare acoustique est encore très omniprésente.



Mike Rutherford (Basse, sitar électrique et guitare 12 cordes)

La basse non monotone de Mike Rutherford est omniprésente tout au long de l’album et donne une bonne base pour les chansons complexes. Il est responsable pour l’intro mémorable de The Cinema Show, grâce à sa sublime guitare 12 cordes.



Phil Collins (Batterie, percussion et vocalise)


Croyez-le ou non, à cette époque, Phil Collins était connu seulement comme le batteur de Genesis, rien de plus … Sur cet album, les passes de batteries de Collins sont tout franchement exceptionnelles, jamais simple, mais elles ne prennent pas trop de place. Leur son est plutôt modéré, donnant à l'album une tendance à la douceur. Aujourd’hui une légende de la Pop, il ne faut cependant pas sous-estimé le talent de batteur de Collins, ainsi que la place qu’il occupe dans l’histoire du rock progressif.



Couverture


L'illustration de couverture de l'album, qui est un tableau de Betty Swanwick intitulé Le ‘‘rêve’’ (The Dream) et où l'on voit un personnage allongé sur un banc à côté d'une tondeuse à gazon (à gauche), fait référence aux mots ‘I'm just a lawn mower’’ de la chanson I Know What I Like. Cette référence sera plus amplement expliqué lors de l’analyse de la pièce.



Les Chansons



1. Dancing With The Moonlit Knight (8:01)


‘’Old man dies!" 
The note he left was signed 'Old Father Thames'
It seems he's drowned
Selling england by the pound’’

Paroles : "Can you tell me where my country lies? Said the unifaun to his true love's eyes ...’’ s’exclame le chanteur Peter Gabriel d’une voix mélancolique, exécutée sans accompagnement. C’est par ces deux phrases a cappella, débordées de sens et d’émotions, que se débute le chef-d’œuvre Selling England By The Pounds. Dancing with the Moonlit Knight possède probablement la meilleure ouverture de tout album confondu. Elle donne la chaire de poule. Sans aucun doute, l'un des moments les plus mémorables de l'histoire du rock progressif. Dès la deuxième phrase, Gabriel fait un jeu de mot avec la sonorité ‘’unifaun’’ et ‘’uniform’’. Tout se résume au génie de Peter Gabriel, qui désire jouer des tours avec l'esprit de ceux qui osent écouter attentivement les paroles. Dans le texte du parolier, le mot ‘’unifaun’’ veut dire ‘’uicorn’’ (licorne) et représente l’histoire antique de l’Angleterre. Dancing With the Moonlight Knights est un magnifique commentaire social partiellement habillé en légende. La chanson dit tout dès le début ; la perte d’importance de la Grande-Bretagne, la reine et la nostalgie d’une monarchie jadis plus puissante et plus respectée, l’esprit du vieux père ‘’Thames’’ (référence d’une chanson traditionnelle de l’Angleterre de Peter Dawson) ne reconnaissant plus sa terre, etc … S’en suivent des récits et contes symbolisant la chute Anglaise tant décriée par l’auteur.

Mélodies : L'intro a capella par Peter Gabriel est l'un des meilleurs exemples du grand chanteur qu’il est. Probablement pas aussi doué que Greg Lake ou Freddie Mercury, Peter ajoute cependant toujours quelque chose de plus que j'aime appeler ‘’avoir de l’âme’’. Il est très difficile de chanter ce genre d'introduction, alors que les instruments commencent lentement à joindre sa voix, sans perdre la bonne clé à tout moment et il le fait comme un vrai maître. Il est accompagné par la douce guitare acoustique de Steve Hackett et du piano passionné de Tony Bancks. Hackett commence ensuite le thème récurrent de guitare qui consiste à introduire l'adrénaline de la chanson. Des voix synthétisées, des rythmes de tambours et des riffs de guitare étonnamment rapides s’entremêlent afin de créer une mélodie à la fois chaotique, mais douce. Tout au long de la pièce, l’auditeur est surpris par les changements de clés, de tempo et de mélodies. C’est le rock progressif à son état pur, ainsi qu’à son meilleur. Les riffs répétés, à la fois au clavier et à la guitare, en font une pièce incroyable, à eux seuls. Gabriel chante soudainement comme s'il parlait à deux personnes différentes, comme s'il leur donnait des instructions. Il est le maître des changements de tons tout en chantant. La chanson se termine par la même humeur mélancolique qu’elle a commencé ; une succession de guitare, synthétiseur, flûte, mellotron, percussions qui accompagnent doucement une suite récurrente d’accords provenant de la guitare 12 cordes de Mike Rutherford. Le tout s’estompant doucement dans le fond musical magnifiquement rêveur. Tout simplement brillant!




2. I Know What I Like (In Your Wardrobe) (4:06)


‘’ When the sun beats down and I lie on the bench,
I can always hear them talk.
Me, I'm just a lawnmower - you can tell me by the way I walk.’’

Paroles : I Know What I Like est une pièce fantaisistes qui me fait beaucoup penser, dans sa forme, à I Am The Walrus, des Beatles. Les couplets sont construits de façon à jouer avec les mots. La sonorité linguistique prédomine donc sur le sens des textes. La chanson est basée sur la couverture de l'album ou peut-être l’inverse … La question n’a jamais vraiment été clarifiée. Il se peut même que l’ambiguïté du mystère soit même intentionnel de la part de l’excentrique Peter Gabriel. Aussi loufoque que cela puisse paraître, la pièce est chantée du point de vue d'une tondeuse à gazon et les paroles sont assez cryptiques. Le personnage principal, donc la tondeuse à gazon (j’ai eu beaucoup de difficulté à retenir mes rires en écrivant ces quelques phrases, que Dieu bénisse la démence de Peter Gabriel) raconte ou plutôt rapporte les multiples conversations des gens traversant le parc dans lequel elle se trouve. Pour moi, les paroles de cette chanson est une représentation parfaite de l’humour britannique.

Mélodies : Infectée par des touches pseudo-tropicales, la chanson a une sensation pop en elle-même, sans tomber dans les pièges de facilité. Elle débute de sombre façon, aidé par les sons de tondeuse généré par le clavier de Tony Banks, complètement hypnotisant. C'est un bon équilibre entre les chants ensoleillés qui suivent le couplet récité comme un poème par Gabriel et la démence du thème. Phil Collins joue un rôle primordial, le son de sa batterie ressemble à un battement cardiaque. Il faut également souligner les brillants passage de la sitar électrique de Mike Rutherford et de la flûte traversière de Peter Gabriel. 




3. Firth Of Fifth (9:34) 


‘’ The path is clear
Though no eyes can see
The course laid down long before ...’’

Paroles : La chanson représente la réticence de l'homme à affronter sa propre destinée. Que nous ne sommes pas immortels et que la mort est inévitable; ‘’The scene of death is lying just below’’. Firth Of Fifth poursuit le thème principal de l'album Selling England By The Pound; une nostalgie patriotique pour l'Angleterre d'autrefois. Donc, un chevalier ou un roi passe devant les maisons des gens ordinaires. Le noble est comparé à Dieu ou à Jésus et d'une certaine manière, l’auteur proclame que la Grande Bretagne a besoin d'un sauveur. Le titre de la pièce réfère également à l'estuaire du fleuve Forth de l'Écosse, où il s'écoule dans la mer du Nord, entre les villes de Fife au nord et Lothian au sud. Il était jadis connu sous le nom de Bodotria, à l'époque romaine. Le mot ‘’Firth’’ est d’origine écossaise et désigne un regroupement d’eau côtières en Écosse. L’auteur de la pièce, Tony Banks, a changé le nom de la rivière ‘’Forth’’ pour ‘’Fifth’’ seulement afin de truquer l’auditeur, pour finalement intitulé la pièce ‘’Firth Of Fifth’’. Le changement de nom a également pour but de créer une sorte de lieu mystique dans lequel le récit incarne diverses pensées religieuses.

Mélodie : Si vous voulez savoir pourquoi le guitariste Steve Hackett et le claviériste Tony Banks sont tenus en si haute estime, vous avez seulement besoin d'écouter Firth Of Fifth. Une pièce complexe qui met en valeur l’entière virtuosité des musiciens de Genesis. L’ouverture épique de la chanson démontre que Banks a d’excellent antécédents en musique classique. Digne des plus grandes pièces de Beethoven, l’intro du pianiste est un chef-d’œuvre en soit, bien que le meilleur reste encore à venir. Le magnifique morceau de piano classiquement orienté mène à un chant inspirant de Peter Gabriel et à de beaux éléments de production. La flûte de Gabriel définit une mélodie de signature, puis, après la marque de 4 minutes, le groupe décolle sur une série de parties parfaitement enchevêtrées, culminant avec quelques instants qui montrent l'intuition et le talent unique de Steve Hackett. Il construit l'un des plus grands solos de guitare de sa carrière, une perfection de flux et vibrato naturel (façon exacte d'expirer l'air afin d'émettre un son chanté par la voix humaine ainsi qu'un son provenant d’un instrument), une phase de plusieurs minutes de pur génie. Simplement un beau morceau de guitare, joué presque comme un violon. La chanson finit alors de la manière qu’elle a commencé ; reprise des couplets de Gabriel, pour enfin finir par des notes répétitives du piano de Banks.




4. More Fool Me (3:09) 


‘’ The day you left
Well I think you knew you'd not be back
Well at least it would seem that way
Because you never said goodbye.
But when it comes round to you and me
I'm sure it will work out alright.‘’

Paroles et mélodie : More Fool Me est essentiellement un intermède, permettant à l’auditeur de prendre une pause émotive entre l’épique Firth Of Fifth’’ et les péripéties fantaisistes de ‘’The Battle Of Epping Forrest’’. Grandement sous-estimé et même mal-aimé des puristes du rock progressif, cette chanson possède plusieurs qualités qu’il ne faut pas ignorer. Bien que plusieurs la voit comme une simple chanson romantique simpliste, elle est plutôt une mélodie sombre et triste qui raconte une peine d’amour. Dans sa forme, la pièce est une simplicité déconcertante et totalement inverse au mouvement du rock progressif. Il s’agit tout simplement d’une voix douce et angélique de Phil Collins, accompagné de délicate notes de la guitare de Steve Hackett. Il est intéressant de noter qu’il s’agit de la toute première chanson interprété par Collins, alors bien loin de se douter de l’immense icône ‘’pop’’ qu’il deviendra dans les années 80 et 90. Malgré que certains la qualifiera de pièce ‘’oubliable’’, à mon opinion, More Fool Me sert parfaitement son utilité. Je la vois comme une douce entracte entre deux puissants actes.




5. The Battle Of Epping Forest (11:43) 


Paroles : The Battle of Epping Forest représente une bataille entre deux bandes rivales sur les limites de leurs territoires. À l’instar de Dancing with the Moonlit Knight, la chanson est parsemé de commentaires sur le mode de vie anglais. Dans le récit, la grande bataille est considérée comme un énorme événement médiatique, avec des gens faisant des pique-niques et regardant la bataille tout en ne faisant rien pour arrêter le carnage qui s'ensuit. À la fin de la dispute, personne ne gagne. Ils sont tous morts. Le tout étant un énorme gaspillage de vie, qui aurait pu être arrêté par les gens qui en ont fait un spectacle public. L’un des spectateurs décide donc de lancer une pièce de monnaie dans les airs de déterminer le gagnant. Il s’agit donc d’une dénonciation de l’auteur envers la banalisation de la violence. Malgré la conclusion pessimiste qu’en fait Gabriel, les paroles un ton très humoristique, typiquement anglais.

Mélodie : The Battle of Epping Forest est un tour-de force symphonique, avec des environnements instrumentaux compliqués, interrompu par des parties lyriques et des lignes mélodiques. Une des performances vocales les plus théâtrales de Peter Gabriel. Il nous raconte tout simplement une histoire tout en se plongeant dans la peau des personnages, en changeant sa voix et parfois même en utilisant différents accents. Les musiciens parviennent à maintenir un équilibre parfait entre les mélodies électriques, acoustiques et à clavier. La section finale est à nouveau superbe avec une atmosphère dramatique, grâce à un brillant solo de synthétiseur de Tony Banks.




6. After The Ordeal (4:12) 


Mélodie : After The Ordeal est une magnifique pièce instrumentale. Un peu à l’instar de More Fool Me, elle sert de pont entre deux puissantes chansons. La chanson a été principalement composé par Steve Hackett, jouant plusieurs guitares, l'une d'elles étant classique. Cette chanson démontre très bien son style pour ses futures œuvres en solo. L'inclusion de cette chanson dans cet album a causé quelques frictions au sein du groupe. Plusieurs croient que c’est à ce moment que l’idée de faire carrière seule à germé dans la tête de Hackett. Sa musique n'étant pas toujours reçue avec enthousiasme par le reste du groupe. Il contribuera néanmoins à deux autres albums du groupe, The Lamb Lies Down On Broadway et A Trick of the Tail. La merveilleuse flûte traversière de Peter Gabriel accompagne magnifiquement la guitare dans cette pièce.




7. The Cinema Show (11:06) 


Paroles : Contrairement aux croyances populaires, Peter Gabriel n'a pas écrit cette chanson. Cinema show fût composé par Tony Banks et Mike Rutherford. Elle est principalement basée sur un classique littéraire de T.S. Eliot nommé The Waste Land. La chanson est fondamentalement construite autour d'une histoire moderne de Roméo et Juliette. Roméo a un rendez-vous avec Juliette au cinéma, ils ne sont que deux amants contemporains. Roméo essaie de conquérir l 'amour de Juliette avec des cadeaux, comme des chocolats ‘’Can he fail armed with his chocolate surprise?’’. Tandis que sa dulcinée se parfume pour attirer l'attention de son amoureux ‘’She dabs her skin with pretty smells, concealing to appeal’’. La ligne ‘’I will make my bed with her tonight’’ symbolise l’appétit sexuelle naturelle de tous les adolescents. L'auditeur comprend alors lentement que l'activité ‘’cinéma’’ est une métaphore de l'acte sexuel. C'est à ce moment que Peter Gabriel introduit un personnage de la mythologie grecque, Tirésias, inspiré directement du roman de T.S. Eliot. Selon la légende, la déesse Athéna changea le devin Tirésias en femme, puisqu’elle était las de son chauvinisme masculin et de son insensibilité envers le genre féminin. Elle désirait lui faire une leçon. Donc, selon les auteurs de cette chanson, en raison du fait qu'il était un homme et puis une femme, il pouvait expérimenter les deux côtés de l'acte sexuel, ‘’Once a man, like the sea I raged. Once a woman, like the earth I gave’’. Suit ensuite la ligne ‘’But there is in fact more earth than sea‘’. Ce qui symbolise ainsi la théorie de Banks et Rutherford que durant l'acte sexuel, les femmes éprouvent plus de plaisir que les hommes. Fondamentalement ils ont imaginé que la transformation de Tirésias l'a aidé a gagné une grande perspective dans la condition humaine. C'est le genre de chanson que vous obtenez quand un groupe d'écoliers classiquement éduqués forme un groupe de rock!

Mélodie : La chanson commence par de douces notes de la guitare à 12 cordes de Mike Rutherford. Elles accompagnent les profondes paroles, illustrées avec éclat par Peter Gabriel. La façon dont Gabriel chante l'histoire de Roméo et Juliette nous rappelle les troubadours de l'époque médiévale. Suite au couplet à propos du Père Tirésias, la chanson se déplace vers des chœurs vocaux interprétés par Gabriel et Phil Collins. Les voix s’entremêlent sublimement entres elles, un premier indice d’embrassade passionnelle entre les deux amoureux de la pièce. Ce segment sert également lien à une répétition du couplet à propos du Père Tirésias. Puis vient, vers les dernières secondes de la cinquième minute, un moment qui va redéfinir à jamais l'univers musical tel que nous le connaissons. Je dois l’admettre, j'ai hésité beaucoup et longuement réfléchie aux mots pour décrire la deuxième partie de la chanson The Cinema Show. Cependant, il n'y a aucun autre moyen de l’exprimer, le solo de synthétiseur de Tony Banks (plus précisément un synthétiseur ARP Pro Soliste) est tout simplement le plus grand morceau de rock progressive jamais réalisé. Plus qu’un solo, c’est une pure œuvre d'art qui représente le début de l'acte sexuel entre les deux protagonistes. Juste quand vous pensez qu'il a atteint le sommet, il continue, de plus en plus, de gravir un niveau plus élevé. En d'autres termes, ce segment est l'Everest du rock. Si vous devez écouter une seule partie musicale afin de comprendre pleinement ce que défini le rock progressif, il s’agit de ‘’CE’’ moment. Elle est à ce point génial. Et pourtant, ce que je viens d’écrire n’attribue même pas la moitié de la crédibilité qu’elle mérite. La seule action qui peut vraiment faire justice à ce solo, est de fermer toutes vos lumières, augmenter le volume de votre stéréo au tapis ou mieux encore, installer une paire d’écouteur de bonne qualité et de tout simplement profiter de ce cadeau du ciel. Imaginez une scène de pure passion entre deux amants et vous comprendrez pourquoi ce segment musical est totalement brillant. La contribution de Phil Collins au segment ne doit pas être sous-estimée. Il assiste parfaitement au brio de Banks, grâce à de savantes passes de batteries. Une fois que l’on a reprit notre souffle, la mélodie ralentit doucement et introduit la toute dernière pièce de l’album, Aisles Of Plenty.




8. Aisle Of Plenty (1:31)


Mélodie : Aisle of Plenty reprend les harmonies du début de l’album. Les chœurs généré par le synthétiseur crée un effet purement paradisiaque, permettant ainsi à Selling England By The Pound de se terminer par le même éclats dramatique qu’à l’ouverture. 

Paroles : Les textes de la chanson de clôture ferme l’album sur le même thème qu’il a débuté ; la nostalgie d’une puissante Angleterre. Les timbres alimentaires et la hausse des prix rappellent à quel point l’empire Britannique est tombé durant la première crise pétrolière. Cette richesse naturelle fut, à cette époque, vendu à la livre à des Cheiks Arabes, ‘’Selling England By The Pound’’.






samedi 3 décembre 2016

CLOSE TO THE EDGE (1972)



Introduction

Yes est l’un des groupes les plus influents et durables du rock progressif. Durant les années 70, il fut considéré comme l’un des groupes les plus populaires de l’Angleterre, toute musique confondu. 

À l’instar des groupes cultes du rock progressif, le son de Yes est unique. Il capte votre imagination, vous emmène à un endroit où aucune autre musique ne peut, vous attrape émotionnellement d'une manière qui vous fait vraiment investir et immerger dans leur univers. Sans aucun doute, il y a un voyage spirituel à travers la musique du groupe.

Sorti en 1972, Close To The Edge fut, avec l’album Fragile sorti un an plus tôt, la concrétisation du groupe Yes. Il est régulièrement considéré comme un monument du rock progressif, voire de la musique moderne dans son ensemble. J’aime croire fermement que cette œuvre entière ait été directement inspirée par une divinité quelconque. Il est facile de penser ainsi lorsque l’on connaît les tendances spirituelles et mystiques du parolier et chanteur du groupe, Jon Anderson. L'humeur musicale de ce joyau est tour à tour joyeuse et réfléchissante, mystique et terre-à-terre et sensationnelle et pastorale. 



Membres du groupe au moment de l’album



Jon Anderson (Chanteur et parolier)

Les chants de Jon Anderson ont rarement sonné aussi angéliques que dans cet album. Sa voix, particulière et unique, est un outil nécessaire à l’image globale que tente de peindre le groupe sur Close To The Edge. Le timbre de sa voix est parfaite pour ce genre musical, à l’instar de Getty Lee (Rush) et Roger Hodgson (Supertramp), entres autres. La profondeur de ses textes et le mariage parfait entre son œuvre lyrique et sa livraison vocale quasi-parfaite font parties des grandes raisons que ce micro-sillon est l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’histoire du rock progressif. Il était de plus en plus intéressé à explorer son côté spirituel et influencé par le roman de Herman Hesse, Siddhartha. Une œuvre bouddhiste dans laquelle un homme indien, vivant à l’époque de Bouddha, éprouve un éveil intérieur à travers la nature. Ces thèmes explosent également sur l'album, autant lyriquement que musicalement.



Steve Howe (Guitares electrique, guitare accoustique, sitare electrique et vocalises)

Sur Close To The Edge, Steve Howe démontre pourquoi il est l’un de meilleurs guitaristes de l’histoire du rock progressif. Il est le leader musical de cet album. Parfois protagoniste et parfois antagoniste, sa guitare est plus qu’un instrument sur toutes les pièces de l’œuvre, elle complète les chants afin de nous imager les thèmes. 


Rick Wakeman (Synthétiseur Moog, orgue Hammond, piano, mellotron, clavecins et autres claviers)

Si Jon Anderson est le cœur, les claviers de Rick Wakeman représentent sans aucun doute l’âme de Close To The Edge. C’est par le merveilleux talent de ce virtuose que passent les plus grandes émotions de cet album. Les sons, qu’il exécute, sont puissant, majestueux et viennent vous chercher droit au cœur. Sans déclarer qu’il soit le plus grand, il est nul doute que Rick Wakeman fait parti des Dieux du claviers, en compagnie de Rick Wright (Pink Floyd), Tony Banks (Genesis) et Keith Emerson (Emerson, Lake & Palmer).


Chris Squire (Basse et vocaliste)

À ma connaissance, je n’ai jamais entendu de bassiste aussi peu orthodoxe que Chris Squire. Sur Close To The Edge, sa basse est vivante, comme une sorte d’animal sauvage qu’on a sorti de sa cage. Les sons qu’il obtient semble impossible. Il est souvent difficile de croire qu’ils peuvent provenir de cet instrument en particulier. Squire est le principal responsable des changements de temps de l’album. L’une des principales caractéristiques de ce chef-d’œuvre. Sa basse joue le rôle de maître d’orchestre.


Bill Brudford (Batterie et percusions)

Ayant pourtant la réputation d’être moins créatif que le reste du groupe, Brudford forme, avec Chris Squire, le fil conducteur de l’album grâce à son rythme peu conventionnel, mais entraînant, comme une odeur familiale que l’on accepte aveuglément de suivre dans un sentier étrange et inquiétant. Il ne s’agit pas du tout d’un style traditionnel de batterie mais, une fois apprivoisé, ouvre des portes inconnus de l’esprit. 



Couverture de l'album


La couverture a été conçue et illustrée par Roger Dean, désormais considéré comme une icône du rock progressif, sans être un musicien, mais plutôt le créateur le plus célèbre de couverture d’album de ce genre musical. Au fil de sa carrière, ses œuvres se sont vendues à plus de soixante millions d'exemplaires dans le monde entier. Mais, il est surtout reconnu pour son association avec le groupe Yes. La couverture a marqué la première apparition du logo emblématique du groupe, placé sur le dessus d’une conception minimaliste illustrant un dégradé graduel linéaire, du noir au vert. Une fois ouverte, la pochette du disque révèle une magnifique illustration d’une cascade coulant de tous les côtés du lac. La cascade se remplit constamment afin de symboliser l’éternel recommencement, ainsi que la continuité en tout sens. Cette image représente tout à fait le côté mystique du groupe, plus précisément de son chef de file, Jon Anderson. 



Les Chansons



1. Close To The Edge (18:50)


En marge de notre existence, normale et profane, veille une divinité ou une morale intérieure toujours présente. Peu importe sa religion ou sa doctrine, cette conscience nous sécurise et nous protège des malheurs de la vie. Telle est la symbolisation de la pièce titre. La chanson traite d’un abandon à une croyance et à la fois d'une perspective personnelle et universelle. Le génie de cette pièce, c’est qu’elle est divisée en quatre parties, afin de représenter les quatre saisons sur terre. Cette idée est directement inspiré de l’éveil par la nature du roman Siddhartha.


1er mouvement : The Solid Time Of Change (L’été)


"Crossed the line around the changes of the summer
Reaching out to call the color of the sky
Passed around a moment clothed in mornings faster than we see"

Mélodie : La pièce débute par des sons d’oiseaux et de nature ambiante soutenus par un fond de claviers. Nous commençons en été. La première partie instrumentale, représente l’apparition initiale de la vie sur terre. Chaotique et non structuré, la musique symbolise la transition de l’homme de son état spirituel à son éveil physique. Suit ensuite un solo de guitare frénétique de Steve Howe, conduisant à une rupture puissante lorsque le thème de la chanson fait son apparition, une fois de plus joué magistralement par le guitariste. Plus tard, le chant particulier de Jon Anderson est brillamment accompagné de la cithare électrique et contre-balance le rythme irrégulier des glissements de doigts sur les cordes de la basse de Chris Squire.

Paroles : Quand le chant débute, on constate que rien ne va avec l'humanité, le protagoniste a besoin d'aide. Il cherche quelque choses de divin à laquel s’accrocher. Selon les paroles d’Anderson, ce n'est que la révélation divine qui peut nous sortir des profondeurs de la disgrâce et nous purifier à un plus grand mode de vie. Elles sont libres d’interprétation selon votre religion ou votre doctrine morale. Dans cette partie de la chanson, la purification du protagoniste passe par le soleil ou plutôt ce qu’il représente, la divinité par la lumière. Cette première section de Close to the Edge représente donc l'été. Cette saison nous donne les plus longs jours, donc la plus longue lumière directe du soleil. Le mouvement passe par quelques versets, puis un refrain dans lequel l’interprète est appelé à débuter une quête spirituelle.


2e mouvement : Total Mass Retain (L’automne)


"Guessing problems only to deceive the mention
Passing paths that climb halfway into the void
As we cross from side to side, we hear the total mass retain"

Paroles : La brillance de ce 2e mouvement, c’est que bien qu’elle soit supposée représenter la saison de l’automne (fall), elle représente aussi la quête de l’homme de se remettre de sa chute (fall). Donc, en plus de représenter une saison, Anderson joue avec le mot ‘‘fall’’ afin de lui donner un deuxième sens. Siddhartha enseigne que la vie est la souffrance. Par cela, il voulait dire que peu importe vos triomphes, quel que soient vos plaisirs, ils seront toujours suivis par la douleur et le désespoir. Plus il y a d’extases, plus il y a d’agonie. Je pense que nous avons tous eu l'expérience de ce grand et glorieux évènement, rempli de bonheur. Pourtant, une partie de nous ne peut véritablement en profiter pleinement car elle/il sait (ou croit savoir) que cette bénédiction n’est juste qu’une bouffée de vent transitoire. Ainsi, les paroles de cette section recommande de reconnaître que c'est l'essence de la vie. Soit vous souffrez maintenant, soit vous souffrirez dans l'avenir. Cette affliction est due à l’accrochement égoïste au désir du protagoniste. Si l’on transpose cette analogie à la nature, durant la transition été/automne, le soleil fait de plus en plus place à la noirceur. La lumière s’éloigne tranquillement, pour faire place à une dominance ténébreuse. Les feuilles meurt et les arbres tombent dans un profond sommeil. 

Mélodie : Squire (basse) et Bruford (batteries) dirigent de nouveau la pièce musicale avec plusieurs changements d'accord par la guitare d’Howe et des effets de claviers par Wakeman. Le thème de la chanson fait ensuite une autre appariation, mais cette fois-ci interprété par l’orgue de Wakeman. Ce qui signifie une brèche importante dans la pièce, amenant ainsi le 3e mouvement.



3e mouvement : I Get Up, I Get Down (L’hiver)


"In charge of who is there in charge of me
Do I look on blindly and say I see the way?
The truth is written all along the page
How old will I be before I come of age for you?"

Paroles : Dans le 3e mouvement, le personnage poursuit sa quête de la connaissance et de la vérité. Cependant, la peur, l’insécurité et l’inattendu lui fait peu à peu perdre sa foi. Symboliquement, il entre dans l'obscurité de l'hiver. 

Mélodie : La beauté du mouvement est que le héro résiste et se questionne pour finalement s’abandonner à sa spiritualité. Après l'énergie très frénétique de la 2e partie, la mélodie passe par un coda étendue et un chemin de progression dans un passage d'une profondeur étonnante. Si vous ne l'avez jamais fait, obtenez une paire d’écouteur décente et écoutez le passage entre le 2ème et le 3ème mouvement. Remarquez à quel point certaines sonorités sont si éloignées. Les musiciens ont peint un paysage sonore complet. Il est vraiment magnifique. De leur propres aveux, les membres du groupe ont passé un mois de studio pour accomplir ce petit 3 minutes musical. La demi-mesure n’existe pas dans le rock progressif. Ce passage débute par un doux et caverneux clavier, parsemé de sitar et d’enregistrement donnant l’impression que de fines gouttes d’eau tombent épisodiquement dans un grotte en obscurité. Apparaissant peu de temps après, un simple battement de clavier émerge silencieusement, avec trois niveaux d’harmonies vocales réfléchissantes (Anderson, Squire et Howe). Subséquemment, tout s'accumule dans un crescendo d'orgue majestueux, arrêté seulement une fois pour une reprise du chœur du mouvement ‘‘I get up, I get down’’, puis redémarré une fois de plus. Alors, Wakeman fait un passage triomphant sur son synthétiseur Moog et nous sommes enfin plongés dans la section la plus chaotique, mais la plus joyeuse.


4e mouvement : Seasons Of Man (Le printemps)


"Close to the edge, down by the river
Down at the end, round by the corner
Seasons will pass you by"

Paroles : C'est maintenant le printemps. L'homme a traversé l'hiver sombre de son âme. Il a surmonté ses démons et a décidé d’embrasser la vérité. Il est descendu dans l’obscurité pour revenir dans la lumière. Il est maintenant prêt, suite à une glorieuse danse festive, de s’abandonner à sa divinité ou sa doctrine morale. Donc, le 4e mouvement représente une sorte de célébration et de conclusion de ce récit. 

Mélodie : Toute la musique et les paroles, résumé d'une manière cohérente, créent un climax ultime. La mélodie débute par le thème de la pièce, une fois de plus illustrée par le synthétiseur de Wakeman, mais cette fois-ci de façon très accélérée et accompagnée par la basse de Chris Squire. Suivi d’un solo d’orgue Hammond épique de Wakeman et de soubresaut de la basse de Squire. Il s’agit de mon segment favoris de la pièce. Le tout témoigne de la virtuosité incroyable de ces deux musiciens. Il m’est très difficile de trouver un meilleur duo pianiste/bassiste de toute l’histoire du rock et peut-être même de la musique en tout genre. Les dernières paroles sont chantées, jusqu'à ce qu’une grande finale, avec l'apparition une fois de plus, des sons d’oiseaux et de nature ambiante soutenus par un fond de claviers. Terminant ainsi brillamment la pièce de la même façon qu’elle a commencée. Ceci symbolise la fin d'une année pour en commencer une autre !




2. And You, And I (10:09)


Note : Après une grande épopée comme Close to the Edge, le groupe a eu une tâche difficile, composer une chanson qui soit à la hauteur de la première. Au lieu de faire une compétition de complexités, Yes a créé une pièce plus mélodieuse et douce avec une structure et un ordre parfait. Elle comprend quatre sections également : Cord Of Life, Eclipse, The Preacher The Teacher, et Apocalypse. And You And I est une excellente représentation de la complexité du rock progressif. Une chanson d’amour, mais construite en multiples facettes. Le rythme et les paroles sont, à la base, romantiques mais il n'y a pas de concession à la gaieté ou aux pleurs, seulement une histoire à raconter. C'est une des chansons d'amour ultime du rock progressif, une sorte de pureté qui ne peut être égalée. Ce qui est drôle, c'est que ‘’je t'aime’’ ou même le mot ‘’amour’’ n'y est jamais mentionné. Au contraire, les textes de Jon Anderson sont fait tout en subtilité pour faire place à la mélodie qui en dit parfois plus que les mots eux-mêmes. ‘’Donner une voix à la musique", voilà un mantra important pour tous les artistes de ce genre musical. Dans la pièce, la guitare et la basse sont responsables de créer une atmosphère impressionnante, mais s’ensuit d’une musique tout à fait inspirante, mené de main de maître par le virtuose Rick Wakeman, dans un crescendo jusqu'à une fin majestueuse et fabuleuse. Il n'est pas surprenant que beaucoup de gens considèrent cette pièce comme leur chanson préférée de Yes.


1er mouvement : Cord Of Life


"Coming quickly to terms of all expression laid
Emotions revealed as the ocean maid"

Paroles : Cord of Life met en scène le protagoniste de la chanson qui ressent graduellement de l’amour pour une fille ou un garçon (le sexe du personnage, ni son orientation sexuelle, l'ambiguïté étant un qualitatif récurant). Au départ, il est tourmenté par le fait qu’il devient de plus en plus attaché. Mais fini ensuite par s’abandonner aux sentiments qu’il éprouve. Subséquemment, l’amour des deux personnages commence à prendre vie. 

Mélodie : La piste débute par une douce introduction représenté par la guitare de Steve Howe. Les instruments prennent ensuite tranquillement un chemin et un rythme très défini clairement marqué par la basse de Chris Squire et la batterie de Bill Bruford, pas de chaos ou de confusion, tout s'intègre parfaitement. Après cette introduction vient une belle et complexe œuvre vocale parfaitement interprété par Jon Anderson et très bien complétée par les chœurs.


2e mouvement : Eclipse


"As a movement regained and regarded both the same
All complete in the sight of seeds of life with you"

Mélodie : Puis, vient l'explosion musicale pilotée par le clavieriste Rick Wakeman, complémentée par la basse de Squire. Cette section est si émotive, si étonnante. Elle me donne l’impression d’un vaste océan en tempête, plonger dans les ténèbres; les vagues frappant violemment les rochers, l’éclair transperçant le lit de la mer et le ciel criant de mille douleurs. Les cordes spectaculaires du Mellotron de Wakeman et les cascades de ‘’slide-guitare’’ de Howe ont le pouvoir d’engendrer et parallèlement, de représenter les émotions ressentit par les deux personnages du récit d’Anderson.

Paroles : Eclipse semble être une représentation épique de la puissance pure générée par leur amour.


3e mouvement : The Preacher, The Teacher


Mélodie : Après la turbulence d'Eclipse, un doux passage de guitare mène a une très belle section où le clavier souple se fond à nouveau avec la voix de Jon Anderson.

Paroles : The Preacher, The Teacher nous apporte plus de précision au sujet du conflit du protagoniste. Le prédicateur (Preacher) étant le côté spirituel de lui. L'enseignant (Teacher) étant le côté logique de lui. Lors de sa rencontre avec son/sa partenaire, ces deux fractions de lui-même étaient en guerre et continuent toujours d’entrer en conflit l’une avec l’autre, mais ils acceptent et immortalisent le fait que l’amour du personnage principal représente toute sa vie, et c'est tout ce qui compte finalement. Il réalise à quel point son monde était sans vie avant de la ou le rencontrer. 


4e mouvement : Apocalypse


"And you and I climb, crossing the shapes of the morning
And you and I reach over the sun for the river
And you and I climb, clearer towards the movement
And you and I called over valleys of endless seas"

Paroles : Apocalypse n’est pas exactement au sujet de la fin du monde mais représente plutôt, une fois lié l’un envers l’autre, l’unité éternel des deux personnages. Que le reste de l’humanité n’existe plus, en ce qui les concerne. Ce n’est que toi et moi (And You And I). Même après leur mort, leur passion transcende la Terre dans les cieux et l'éternité. 

Mélodie : Le céleste solo de clavier de Wakeman débute le dernier mouvement de la chanson. Sur cette pièce, l'approche de claviériste est totalement différente. Au lieu du style fondamentalement Baroque de la pièce titre, il crée un musique plus douce, mélodieuse et plus moderne, mais sans exemption de drame. Menant ensuite au moment final, alors que la voix d’Anderson et la guitare d’Howe, douces et apaisantes, concluent la pièce. Voilà comment vous créez une chanson d'amour non conventionnelle.




3. Siberian Khatru (8:57)


"Even Siberia goes through the motions ..."

Mélodie : L’album Close To The Edge est un équilibre parfait; La pièce titre est complexe, du style Baroque, And You And I est une chanson romantique, plus douce et mélodieuse ... Quoi de mieux que de conclure le micro-sillon par une mélodie plus dure et plus rock afin de compléter le contraste? C'est exactement ce qu'accompli Siberian Khatru. Siberian Khatru débute par un "riff" accrocheur de Steve Howe (apparemment créé par le batteur Bill Brudford). Le style typiquement rock, puissant et dynamique, se transforme en style plus classique et mélodieux, parsemé de trames vocales exquises. Encore une fois, le travail de clavier de Rick Wakeman est remarquable en utilisant des passages semi baroque qui changent soudainement en sections explosives où la guitare électrique de Steve Howe prend la tête et la voix de Jon Anderson sonne plus à l'aise que jamais. Les changements soudain sont répétés plusieurs fois pour garder la dynamique de la chanson. J'aime surtout les voix complexes d'Anderson et Squire à la fin de la piste qui mènent à une finale puissante. Une grande fermeture pour un grand album.

Paroles : Jon Anderson était fasciné par le mystère. Quoi de plus mystérieux que l'interdit? En 1972, le Rideau de Fer existait toujours et la Sibérie représentait le "no man's land". Son idée était de symboliser lyriquement, que malgré toute l'oppression politique et la rigidité climatique des lieux, la vie trouvait tout de même son chemin.