vendredi 20 janvier 2017

MIRAGE (1974)



Intro

Camel, le moins majeur des groupes cardinaux du rock progressif des années soixante-dix ? Ou le plus important des groupes du deuxième rang ? Le consensus semble choisir les deux réponses à la fois car tout dépend des critères retenus. Si l’on considère le nombre d’albums majeurs (trois ; Mirage, Snow Goose et Moonmadness) au sein de sa discographie, son succès populaire et la marque qu’il a laissée de son temps, on penchera pour la deuxième option, partant du principe que les Genesis, Yes, Pink Floyd et Emerson, Lake & Palmer ont, à chaque fois, fait plus et mieux. Mais si l’on aborde la question sous l’angle de la qualité de ses trois albums majeurs (chiffre déjà plus important que le nombre des autres formations de second rang), l’essence même de leur rock progressif, la nature et l’intensité des sentiments qu’il génère, on se doit d’en conclure par la première hypothèse. Deuxième opus du groupe anglais, l’album Mirage en est l’argument le plus évident. Car il est, au risque de tomber dans la tautologie (une proposition toujours vraie), l’esprit et l’essence même du rock progressif, du moins de son pan le plus large : celui qui marie rock et jazz, légèreté et profondeur, qui embrasse l’image d’un passé révolu et fantastique, d’une vision d’un futur lointain et merveilleux de science-fiction (cette dernière frappant le plus fortement l’esprit). Son pouvoir évocateur et onirique est, avec celui de Pink Floyd, le plus puissant du genre, déjà pourvoyeur le plus efficace de l’ensemble de la musique en voyages spatio-temporels. L’embarquement en première classe se fait sans réservation et la magie opère sans s’éroder à chaque nouvelle écoute. L’ambiance caractéristique du groupe repose avant tout sur le son ouaté, qui permet aux solos de guitares et de claviers, fabuleux de mélodies et d’énergies, de trouver leur pleine expression sans étouffer les autres instruments. Ni jamais tomber dans la démonstration gratuite. Question de bon goût et d’intelligence indubitablement, mais aussi de plaisir manifeste de jouer dans le seul but d’une efficacité optimale d’un plaisir en adéquation parfaite pour l’auditeur.

Composée par deux musiciens hors pair que sont Andrew Latimer (guitares, flûte et chants) et Peter Bardens (orgue, piano, mini-Moog, Mellotron et chants), la musique de Camel se développe à la croisée des chemins du raffinement symphonique doublé de ruptures de rythmes à la Genesis, et de la légèreté jazzy de l’école de Canterburry (Caravan, Soft Machine, Hatfield & The North, etc …), avec un son de clavier similaire. Etayé par les jeux carrés et symbiotiques de la batterie d’Andy Ward et de la basse de Doug Fergusson, cette alchimie donne un style immédiatement reconnaissable.

Mirage compte parmi les albums majeurs de l’histoire du progressif et les meilleurs de sa première période des années soixante-dix. Si sa pochette a marqué son temps (elle reprend le chameau d’une marque de cigarettes), il est d’autant plus étonnant et injuste qu’il soit méconnu du grand public, car ce chef-d’œuvre réussit le miracle d’être à la fois l’une des portes les plus accessibles et séduisantes pour entrer dans l’univers du rock progressif, et d’être suffisamment riche et ambitieux pour permettre d’en découvrir les trésors et mystères réservés aux seuls initiés. Parfois les mirages réservent ainsi les plus belles surprises …


Les Chansons

Camel savait toujours que leur force était dans la musique instrumentale. Les chants et complexité des paroles de Latimers et Bordens sont donc raisonnablement maintenu à un minimum dans l’album et les mélodies conduisent le noyau sonore. J'aime les considérer comme un groupe de rock progressif instrumental qui a accepté à contrecœur de mettre des voix sur certains de leurs airs afin d'apaiser les craintes de leur maison de disque. D’ailleurs, Camel tentera le coup durant l’album suivant Mirage, The Snow Goose, avec brio. En l’occurrence, j’ai donc choisi de m’attarder plus particulièrement sur le travail instrumental de Camel sur l’album Mirage, puisque là est la véritable perle de cet opus.

1. Freefall (5:47)

Freefall est parfaitement à la hauteur de son titre; avec torsion, tournant, segments de chute libre purement magique. La guitare de Latimer et les claviers de Bardens s’affrontent doucement en duel, la basse et la batterie fournissent un soutien solide ainsi qu’un contrepoint rythmique. Les lignes vocales sont assez amusantes et servent plus à créer un effet sonore qu’à livrer un message.



2. Supertwister (3:20) 

L’instrumental Supertwister démontre à nouveau à quel point Camel irait à rêver des titres aptes à leurs structures musicales. La mélodie se tord et tourne à travers diverses signatures de temps et des clés, chacune plus à couper le souffle que la dernière. La travail de flûte de Latimer à environ 1:30 doit être entendu pour être cru, on jurais que les oiseaux volaient hors de ses haut-parleurs. D'une manière ou d'une autre cette piste est seulement 3:20, pourtant elle est emballée d’idées incroyables. On souhaite quasiment qu’elle soit 10 fois plus longue.



3. Nimrodel / The Procession / The White Rider (9:12)

Pièce centrale, dans tous les sens, de l’album. La signification des paroles font figure à part sur cet ouvrage, puisqu’elles racontent vraiment une histoire. Emprunté sur le mythique récit Lord Of The Rings, elles traitent de plusieurs passages clés du monde merveilleux inventé par Tolkien. Mais une fois de plus, c’est la musique qui fait foie de tout dans cette chanson. Tout d’abord, une ouverture magnifique et exotique soulève le rideau et introduit par la suite des sons de cloches et des bruits de foule. Les effets sonores mélangés au doux synthétiseur créent une incroyable marche médiévale. La chanson nous emmène alors sur un voyage spatial de découverte, rempli de hautbois et, bien sûr, de flûte. Il y a incroyablement plus de rebondissements, de changements clés, de cadences étonnantes et de puissantes mélodies dans cette seule piste que sur l'album moyen de Genesis, aussi incroyable que cela puisse paraître. Les mots ne suffisent pas à décrire les joies que procure l’écoute de cette piste. 



4. Earthrise (6:42) 

Si vous avez la version en vinyle, alors c'est à ce point que vous réalisez avec plaisir que vous avez un autre côté à explorer. Mais comment pourrait-on possiblement obtenir quelque chose de mieux que l’explosion sonore de la face A? La réponse vient dès que l'aiguille tombe sur la toute première pièce de la face B, Earthrise. Camel est bien dans le ‘‘groove’’ prog sur ce côté, et le son classique du groupe se rétablit après une introduction ‘‘space’’ scintillante. Ferguson fourni une magnifique sonorité de basse comme d'habitude avant de revenir sur le groove légèrement funky du groupe établi sur la première face, ainsi que des textures légèrement plus foncées et plus boueuses. Lattimer nous démontre tout l’étendu de son talent de guitariste, nous faisant questionner s’il y a une limite à la virtuosité de ce dernier. Bardens démontre alors ses compétences équivalentes au clavier pour offrir un équilibre parfait. 



5. Lady Fantasy (12:46)

Le groupe a gardé leur joyau pour la toute fin. J'ai peut-être enthousiasmé les premières pistes de cet album, mais je ne peux même pas commencer à décrire la pure beauté des mélodies, des structures, des timbres, du rythme et de l'harmonie de la pièce ... Bien qu’ils ne soient jamais le moment fort de n’importe quelle chanson de Camel, je ne peux même pas ignorer les chants mélancoliques de Latimer sur cette pièce. Un véritable feu roulant sonore, Lady Fantasy est rempli de moments qui vous renverse littéralement de votre fauteuil confortable; un brûlant solo de clavier, un changement de tempo dramatique que Latimer gratifie avec quelques pistes de guitare brillantes, et au-delà des solos, quelques-unes des mélodies mémorables les plus déchirantes que j'ai entendues du prog-rock, un fade-out atmosphérique par la guitare gonflé, avant le retour des chants, puis Camel prend feu avec un hard-rock (rempli de solos du duo monstre Bardens / Latimer) avant que l'une de ces mélodies retourne pour fermer la piste. Il s’agit définitivement d’un chef-d’œuvre et de la plus grande chanson du catalogue de ce groupe très important du rock progressif. 



2 commentaires:

  1. Excellent groupe que ce Camel...
    L'album Live "Paris Collection" qui a été enregistré le 30 septembre 2000 au Bataclan hé bien j'y étais!! et cela reste un souvenir formidable.

    RépondreEffacer
  2. Formidable groupe , merci de partager cet ablum génial avec nous, c'est sympa à lire :respect:

    RépondreEffacer