samedi 26 novembre 2016

IN THE COURT OF THE CRIMSON KING (1969)



Introduction

King Crimson reste, à ce jour, le plus important groupe du rock progressif. Largement reconnus comme étant les précurseurs de ce genre, ils ont ouvert la voie aux groupes innovateurs de ce grand courant musical tels que ; Yes, Emerson, Lake & Palmer, Genesis, Camel, Focus etc …

Plus un état d'esprit qu'un style, la musique de King Crimson a constamment cherché a se nourrir à travers les amalgames de formes existantes de la musique, se détournant de tout moule contemporain, annulant toute notion qu'il est nécessaire d'adhérer à des formules éprouvées afin de créer une musique commercialement réalisable.

En 1969 paraît l’acte fondateur du rock progressif. Désormais considéré à part entière, cet œuvre a, parmi ses principales vocations, d’élever l’esprit au-dessus des quotidiennes contingences matérielles et l’âme au-dessus de la stratosphère, en dressant au passage les poils par les délicieux frissons provoqués sur le derme des mélomanes. Cette création d’un nouveau monde ce nomme In The Court Of The Crimson King. Les caractéristiques de l’album le hisse à un degré tel qu’elles en font, plus largement, l’une des œuvres les plus remarquable de l’histoire de la musique moderne.


Membres du groupe au moment de l’album

Robert Fripp (guitare électrique et guitare acoustique)
Moteur de ce groupe innovateur et exerçait le contrôle créatif. Il a influencé un grand nombre de musiciens et il est considéré comme l'un des pères du rock progressif. Il est souvent cité comme un ‘‘scientifique du rock’’, pour son style de guitariste bien particulier et son mépris envers les vedettes rock typiques, plus portés vers le spectacle que la qualité sonore de leur musique.

Greg Lake (chants et basse)
Malgré tout mon respect pour John Wetton, Gordon Haskell et Boz Burrell, Greg Lake sera a jamais considéré comme le meilleur chanteur de King Crimson. Sa voix est si présente et si émouvante qu’elle doit être considérée comme un instrument de musique à elle seule. Lake quitta le groupe, suite à l'enregistrement de l'album In The Wake Of Poseidon, afin de former le premier ‘’super groupe’’ du rock progressif (un groupe formé de musiciens ayant eu du succès antérieurs), Emerson, Lake & Palmer.

Ian McDonald (Piano, orgues, clavecins, mellotron, flûtes, clarinette, saxophone, vocalises)
Le mellotron, utilisé par le claviériste Ian McDonald sur l’album, est un instrument de musique polyphonique à claviers lisant les sons sur des bandes magnétiques. C'est l’un des instruments le plus associé au rock progressif. King Crimson fût l’un des tout premier groupe a en faire usage, avec les Beatles et Moody Blues.

Michael Giles (Batteries, percussions et vocalises)
Membre fondateur de King Crimson, il quitte le groupe à la fin de 1969, peu après la sortie de l’album. Il apparaît encore, en tant que musicien de session, sur le second album du groupe, In The Wake Of Poseidon, en 1970.

Peter Sinfield (Parolier)
À l’instar des Beatles, King Crimson bénéficiait d’un 5e membre non-musicien. Bien que ne jouant d’aucun instrument et ne chantant pas sur l’album, le parolier Peter Sinfield est l’un des principal responsable du chef-d’œuvre que représente In The Court Of The Crimson King. En effet, si Robert Fripp symbolisait le cœur du groupe, Sinfield était sans aucun doute l’âme de King Crimson, grâce à sa poésie profondément inspirée par William Shakespeare.


Couverture de l'album


À l’instar de son œuvre musical, la pochette de Barry Godber (peintre et programmeur informatique) a impressionné les esprits à sa sortie avant de compter parmi les illustrations les plus célèbres. On y voit en très gros plan, cadrage serré à l’appui, le visage de colère et de peur d’un personnage humain, dessiné à la façon ‘’B.D.’’ ou science-fiction. Ce visage, dans de nombreuses facettes, décrit l'innovation, le son et l'intensité de ce micro-sillon. À noter que ce fût la seule couverture d'album peinte par Barry Godber, puisqu’il est décédé en Février 1970 à l'âge de 24 ans.




Les chansons

1. 21st Century Schizoid Man (7:20)

"Death seed blind man's greed
Poets' starving children bleed
Nothing he's got he really needs
21st Century Schizoid Man"

Mélodie : 21st Century Schizoid Man est une chanson absolument frénétique, qui semble chaotique, mais est en ce sens parfaite. Elle est introduite par le son d’une mise sous tension à peine audible, poussant l’auditeur néophyte à monter le son. Erreur qui risque de provoquer un choc, délibéré sans nul doute, lorsque explosent les violentes notes de guitares et de saxophones. La musique exprime une sensation de frustration et de colère par des changements brusques, une instrumentation complexe et un son innovateur. Tout y est tonitruant et excessif. Que ce soit la guitare saturée de Fripp, le clavier débridé de McDonald, la batterie épileptique de Giles et la basse à l’unisson de Lake. Le chant à la voix distordue et écorchée de ce dernier renforce l’impression d’aggresivité qui se dégage tout au long de la pièce.  Quant à la section centrale, rarement a-t-on entendu une meilleure fusion de jazz et de rock. La guitare lente et sombre qui s'oppose à l'ensemble de jazz rapide fournissent une véritable expérience schizoïde (Relatif à la schizoïdie, constitution mentale qui prédispose une personne à se replier sur elle-même et à avoir des difficultés à créer un contact avec son environnement). J’affectionne particulièrement le segment ou les musiciens alternent entre des mouvement lents et rapides de façon subséquentes (4:38 de la chanson). Sans être un musicien, je peux apprécier le niveau très élevé de difficulté. La chanson est, dans son ensemble, extrêmement célèbre pour les habitués du rock progressif. Le riff de guitare explosif est probablement le meilleur que je n’ai jamais entendu.


Paroles : Il existe plusieurs rumeurs voulant que les paroles de Sinfield symbolisaient une revendication contre la guerre du Vietnam. Très probable puisque l’album est sorti en 1969, en pleine période de contestation sociale. Cependant, le parolier n’a jamais confirmé ce fait. On peut également y déceler une critique de la torture, de l'assassinat politique, de la famine et de la consommation à outrance. Tous des sujets chauds de cette époque tumultueuse, dans le domaine socio-politique et culturelle.






2. I Talk To The Wind (6:05)

"Said the straight man to the late man
Where have you been
I've been here and I've been there
And I've been in between."


Mélodie : Changement radical d’ambiance dès les premières notes du titre suivant. Inspirée légèrement du folk rock, I Talk To The Wind est une chanson très douce. La mélodie est véritablement pure, accompagnée d’une légère improvisation à la flûte, d’un chant de velour et de delicat ‘’snare drums’’. Bien que courte, elle exerce parfaitement sa raison d’être, agit d’intermède entre deux puissantes et lourdes pièces. À la fin de la chanson, les doux roulements de tambours nous mène à la piste Epitaph.


Paroles : Les paroles, magnifiquement chantées par Greg Lake, sont une vision optimiste sur la solitude et comment elle peut être réconfortante.





3. Epitaph (8:47)

" Knowledge is a deadly friend
If no one sets the rules.
The fate of all mankind I see
Is in the hands of fools."

Mélodie : Pièce centrale de l’œuvre, Epitaph combine dans une rare intensité les sentiments de grandeur, de désespoir et de révolte, d’autant plus émotionnellement forts qu’ils sont exprimé avec une digne retenue. La voix de Lake s'adapte parfaitement à la guitare de Fripp et au mellotron mélancolique de McDonald. Les couplets pessimistes laissent place à une autre section centrale qui deviendra une référence, une influence, pour tous les artistes du rock progressif. Il s’agit d’un passage instrumental fortement basé sur le matériel des couplets antérieurs démontrant tout le talent des musiciens du groupe. Un style très atmosphérique qui serait développé plus tard par Genesis. Enchaîné d’une reprise violente de la structure versets/refrains du début, pour finalement conclure par un air de synthétiseur mélancolique, parsemé d’étonnantes explosions successives de percussions. Il n'y a aucune manière concevable de transmettre à n'importe qui le pouvoir de cette chanson. Elle est tellement émotive et si incroyable. Le chant de Lake est excellent. Sa voix déchire la musique comme une balle, dirigeant la mélodie dans ses flots et reflux. Le son des cordes du mellotron fait de cette chanson une épopée épurée. La musique vous apporte dans les affres de la dépression. Vous pouvez imaginer un homme déchiré par la confusion et la frustration.

Paroles : Cette chanson est une critique de l'utilisation de la science par la société à des fins militaires. Les paroles prennent un accent prophétique, d’un ton sombre et pessimiste.





4. Moonchild (12:11)

"Call her moonchild
Dancing in the shallows of a river
Lonely moonchild
Dreaming in the shadow of the willows''


Mélodie : Moonchild est un exemple parfait d’improvisation musicale. Elle est la piste la plus axée sur le jazz, malgré qu'elle garde sa structure symphonique. Débutant calmement et doucement avec un rythme très défini, un travail de guitare unique et une sublime passe de mellotron, donnant une ambiance à la fois lugubre et lunatique. La première écoute donne l'impression d’une autre chanson dans la même veine que I Talk To The Wind, mais autour de 3 minutes commence la fusion et l’improvisation. Rien de si complexe n’a jamais été tenté dans le cadre d’une chanson rock auparavant. Le manque de structure logique donne l’impression que le groupe était dans un ‘‘jam session’’. McDonald et Fripp sont remarquables dans cette chanson. À la première écoute, les 10 minutes d’improvisation qui suivent les 3 premières minutes, peuvent sembler ardues. C’est à ce moment qu’on sépare les hommes des enfants. Il s’agit d’un bon test pour déterminer jusqu’ou vous pouvez repousser les limites d’un auditeur de rock traditionnel. Mon conseil, asseyez-vous, fermez les yeux, ouvrez votre esprit, et écoutez. Vous constaterez que ce segment est très fascinant. À vous de former votre propre opinion.


Paroles : Le récit de Sinfield est un pseudo conte de fée. L'héroïne vit dans une région utopique inhabitée et elle souffre de solitude.






5. In The Court Of The Crimson King (9:22)

"The yellow jester does not play
But gently pulls the strings
And smiles as the puppets dance
In the court of the crimson king."


Mélodie : La chanson titre est un voyage médiéval épique qui démontre rien de moins que l’éclat sonore du groupe. Grâce aux brillants arrangements de la guitare acoustique, le sombre piano, les chœurs ténébreux, les solos de flûtes atypiques qui forment un contraste par rapport au reste des mélodies, la voix fulgurante de Greg Lake et sans aucun doute, les meilleurs passes de batteries de tout l’album, In The Court Of The Crimson King représente une symphonie héroïque. Le passage des vers lyriques aux chœurs instrumentaux n'est rien de moins qu’illuminant. Les transitions des couplets calmes et mystérieux à la fois, au refrain violent et explosif, n’est rien de moins que de la pure brillance. Elles forment une multitude de ‘’Crescendo’’ tout au long de la pièce. Les cordes combinées avec les chœurs sont riches en substance. La batterie est rythmique et superbe. Le groupe s’est totalement surpassé avec cette suite médiévale. Si je vous demande de définir le mot épique, les chances sont que votre définition soit totalement écrasé par cette chanson.


Paroles : Le texte de cette chanson est un aboutissement de fantasmes et de rêves imaginés par Peter Sinfield. L'univers du parolier est grandement Influencé par l'époque médiévale et le vieux folklore anglais.



Rick




lundi 21 novembre 2016

Prologue : une définition du rock progressif




Le rock progressif est une forme de musique qui a vue le jour à la fin des années 1960 et connu son paroxysme durant les années 1970 dans le cadre d'une tentative, majoritairement britannique, d'élever la musique rock à de nouveaux niveaux de crédibilité artistique. 

Les groupes de rock progressif ont poussés les limites techniques et de composition du pop/rock en allant au-delà de sa forme standard ou de ses chansons populaires. Les groupes de rock progressifs utilisaient parfois des albums conceptuels, qui faisaient des déclarations uniques, racontant habituellement une histoire épique ou abordant un thème grandiose. Par exemple; Thick As A Brick, The Wall, The Lamb Lies Down On Broadway. 

Le mouvement progressiste s’est développé à partir du psychédélisme de la fin des années 1960, dans le cadre d'une tendance des artistes de cette époque, pour s'inspirer d’autres influences que le blues, le gospel et le rock’ n’ roll. Les groupes les plus connu de ce genre musicale sont sans aucun doutes Yes, Genesis, Pink Floyd, Jethro Tull, Emerson, Lake and Palmer et King Crimson, dont plusieurs experts reconnaissent comme le père fondateur du rock progressif. Alors que le rock progressif a atteint le sommet de sa popularité dans les années 1970 et au début des années 1980, les groupes néo-progressistes ont œuvrés, et œuvrent toujours, pour un public fidèle et moins commercial dans les décennies suivantes, tel que Marillion, Dream Theater et Porcupine Tree. 


Caractéristiques musicales

Les chansons du rock progressif évitent les structures communes de chansons populaires (couplets, refrains, couplets) ou brouillent les distinctions formelles en étendant des sections ou en insérant des intermèdes musicaux, souvent avec une dynamique exagérée pour accentuer le contraste entre les sections. Les chansons ont aussi souvent étendues des passages instrumentaux, mariant la tradition solo avec les traditions d'improvisation du jazz et du rock psychédélique. Tous ces éléments tendent a ajouter de la longueur aux chansons, qui peuvent durer plus de vingt minutes. 

Les premiers groupes de rock progressif ont élargis la palette sonore des instruments traditionnels (guitare, orgue, basses et batterie) en ajoutant des instruments plus typiques du jazz tels que la flûte, le saxophone et le violon. Certains instruments, notamment le synthétiseur Moog et le mellotron, sont devenus étroitement associés au genre. 

En se basant sur les influences classiques, jazz, folk et expérimentales, des artistes propres à ce genre, le rock progressifs tend généralement a être plus libre dans son approche rythmique que les autres formes de musique rock. L'approche adoptée varie selon l’artiste ou le groupe, mais peut varier de battements réguliers à des signatures temporelles irrégulières ou complexes. 

Chez les artistes du rock progressif, les influences blues du rock traditionnel sont souvent supplantées par le jazz et les influences classiques. Les mélodies sont plus susceptibles d'inclure des passages plus longs, en développement que courts et accrocheurs. 

Des paysages sonores ambiants et des éléments théâtraux peuvent être utilisés pour décrire des scènes, des événements ou d'autres aspects du concept. Par exemple, un leitmotive (une phrase, une formule qui revient à plusieurs reprises) est utilisé pour représenter les différents personnages de Harold the Barrel, The Battle of Epping Forest et Robbery, Assault and Battery du groupe Genesis. Plus littéralement, les sons des horloges et des caisses enregistreuses sont utilisés pour représenter le temps et l'argent sur l’album Dark Side Of The Moon de Pink Floyd. 

Les albums unifiés par un thème ou une histoire élaborée et dominante sont communs au rock progressif. On les appelle les ‘‘albums concepts’’. Parmis les concepts les plus fréquents, on en retrouve basé sur l'histoire, le fantastique et le métaphysique. Ironiquement, l’un des plus grands ‘‘album concept’’ de l’histoire du rock progressif, Thick As A Brick de Jethro Tull, se moquent du style des albums conceptuels. 

Comme les chansons ont tendance a être assez longues, ces albums ont souvent des enregistrements qui nécessite plusieurs disques vinyle, cassettes ou disques compacts. Tout dépendant de l’époque à quelle époque ils sont enregistrés. 

Le rock progressif a une ambition lyrique semblable à son ambition musicale, donc il tente d’éviter les sujets pop/rock typiques tels que l'amour, la danse, etc… Il est plutôt incliné vers les thèmes de la littérature classique, du fantastique, du folklore, ou du commentaire social. Peter Gabriel (Genesis) a souvent écrit des histoires surréalistes pour basées les paroles de ses chansons, parfois avec des éléments théâtraux avec plusieurs personnages. Tandis que Roger Waters (Pink Floyd) a combiné la critique sociale avec des luttes personnelles contre la cupidité, la folie et la mort. 

L'image sur la pochette d'un disque et l'emballage est souvent une partie importante du concept artistique. On peut voir que cette tendance a commencé avec le Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles. Cet album provient du mouvement psychédélique de la musique rock, mais a tout de même joué un rôle majeur dans la commercialisation du rock progressif et ce, avant même que ce mouvement musical existe. Ce qui symbolise encore plus l’image de précurseurs du duo créatif Lennon/McCartney. Certains groupes sont également devenu légendaires autant pour la direction artistique de leurs albums que pour leurs œuvres musicales. Le ‘‘look’’ de leurs albums est devenu intégré à l'identité musicale et globale du groupe. Cela a conduit à la célébrité de certains artistes de design, notamment Roger Dean pour son travail avec Yes, et le studio Hipgnosis pour leur travail avec Pink Floyd ainsi qu’avec plusieurs autres groupes de rock progressif. 

À partir du début des années 1970, certains groupes de rock progressif ont commencé à incorporer de la théâtralité élaborée et parfois flamboyante dans leurs concerts. Le chanteur Peter Gabriel de Genesis a porté de différents costumes colorés et exotiques dans ses spectacles et a fréquemment interprété le récit lyrique des chansons. Le groupe a employé des lasers et des miroirs géants synchronisés avec leur musique. Le groupe Yes a incorporé des ensembles de scènes futuristes conçus par Roger Dean, y compris les accessoires gigantesques de vaisseaux spatiaux et l'éclairage complexe. Jethro Tull a libéré des lapins sur scène. Parmis les nombreuses scènes du groupe Emerson, Lake and Palmer, figurait le piano volant de Keith Emerson au concert California Jam. Pink Floyd a utilisé de nombreux effets scéniques, y compris des jeux de lumières et de lasers, des avions qui s’écrase, un cochon géant flottant, des écrans de projection massifs. Puis, en 1980, un énorme mur de briques pour les spectacles de l’album The Wall devançait la scène. Rush a incorporé des lasers et des décors de films dans leurs spectacles. Frank Zappa et The Mothers of Invention ont utilisé un accessoire de girafe géante et ont fait des sketches d’improvisation. L'ancien chanteur de groupe Marillion, Fish, portait un costume de ‘‘fou du roi’’ inspiré du premier album du groupe, Script for a Jester's Tear. 


Suite à cet exposé informatif et historique de ce grand courant musical, je vous invite à présent à faire un grand voyage quotidien avec moi en plongeant dans le vaste océan du rock progressif.


Rick