samedi 28 janvier 2017

IN THE LAND OF GREY AND PINK (1971)





Intro

Voyage en ailleurs... Et en occurrence au cœur du progressif, première période. La plus riche en émotions et en innovations, disent les fans de la première heure. Considérons avant tout que plutôt de lancer de stériles débats, divisant plus qu’ils ne rassemblent, il vaut mieux prendre ce qu’il y a de meilleur à aimer dans chacune des deux grandes époques du rock progressif, 1969 à 1979 et post 80. Il n’en demeure pas moins que les premières années du genre se sont déroulées dans un véritable bouillon de cultures, alors que ce sont brassées et mêlées en toute liberté créatrice des influences variées, jugées incompatibles par le politiquement correct de l’époque. À commencer par le jazz et le rock. Mais le chaudron du prog avait de véritable pouvoirs magiques et les druides qui présidaient aux rituels plaçaient l’esprit et les oreilles des mortels sous leurs charmes enchanteurs. Comment expliquer autrement l’effet produit dés la première écoute du fantastique In The Land Of Grey And Pink. Un véritable périple dans un monde fantastique, un peu semblable à l’univers de J.R. Tolkien (auteurs des chefs-d’œuvre littéraires que sont Lord Of The Rings et The Hobbit, entres autres). Comment expliquer aussi que, juste après cette parution, il est devenu, logiquement, l’un des albums référentiels du rock progressif, au même titre que Meddle de Pink Floyd, Nursery Cryme de Genesis, Tarkus d’Emerson, Lake & Palmer, Pawn Hearts de Van Der Graaf Generator ou Aqualung de Jethro Tull, tous sortis la même prolifique année ?

Malgré ce 3e album sublime, Caravan n’aura pourtant pas eu les honneurs de ses glorieux contemporains auprès de la presse spécialisée et du grand public ou de la postérité. Moins célèbre même que Camel qu’il aura pourtant inspiré, Caravan est connu et reconnu en son temps, et plus encore aujourd’hui, des seuls initiés du rock progressif, qui le considèrent comme l’une des comme l’une des plus brillantes formations du genre. Une juste compensation mais une compensation quand même, ce qui pose le dilemme philosophique : vaut-il mieux être simplement connu du plus grand nombre ou vraiment considéré d’un cercle de connaisseurs ? En toute objectivité, ce décalage de notoriété entre Caravan et ses alter ego réside dans la différence manifeste de leurs discographies, non en termes quantitatifs, mais de constance au plus haut niveau. À l’instar des groupes plus connu du grand public, Caravan n’a qu’un seul, ou peut-être deux, albums considéré comme des grands classiques. C’est donc sur ce seul ‘‘Pays du rose et gris’’ que repose la haute estime des experts du rock progressif, ce qui donne une idée de sa grande valeur, ceci dit. De fait, c’est un monument qui s’apprécie dès sa première écoute et qui laisse inlassablement découvrir tous ses charmes à chaque fois.

Issu, comme Soft Machine, de la fameuse école de Canterbury, Caravan imprègne lui aussi sa musique de jazz, mais d’une manière moins directe, le posant en toile de fond sur laquelle il applique ses aspirations rock et pop. L’autre différence se situe dans la durée des morceaux, Caravan n’optant pas pour la démarche de petits collages dadaïstes (Mouvement artistique, créé en 1916, protestant par la dérision et l'irrationalité contre l'absurdité universelle.) de Soft Machine pour développer au contraire des trames plus ou moins longues (en l’occurrence de 3 minutes pour Love To Love You, à 23 minutes pour Nine Feet Underground, dont il est question plus loin.) La formation des cousins Sinclair (David l’organiste et Richard le bassiste / chanteur à la voix dorée), Pye Hastings (guitares et chants) et Richard Coughlan (batterie), se distingue enfin de Soft Machine par l’influence folk toujours présente dans son rock progressif. In The Land Of Grey And Pink est un chef d’œuvre comptant parmi les vingts œuvres maîtresses du rock progressif.


Les Chansons

1. Golf Girl (5:05)

L’influence folk du groupe se voit dès l’inaugurale Golf Girl, qui s’ouvre sur un air de trombone et se poursuit comme une balade ludique et bucolique déjà pleine de charmes.

La chanson apporte un groove de basse mémorable, de petits intermèdes soignés et une partie de flûte absolument magnifique de Jimmy Hastings. Le mellotron et le bourdonnement d’orgue (dans un style très unique se rapprochant à un débit de code Morse) de David Sinclair exerce un fond sonore parfait pour accompagner ces deux dernier. Golf Girl est extrêmement britannique, les paroles sont la principale raison de cette constatation. Ce n'est pas seulement la mention du thé qui rend cette chanson si quint essentiellement anglaise, mais le style d'écriture des paroles elles-mêmes est différent de ceux que vous trouverez ailleurs. C'est une chanson très amusante, avec un son légèrement commercial. Les paroles surréalistes sont très attrayantes. Vous ne pouvez pas vous empêcher de sourire et de chanter à l’écoute de cette piste. Certes, il ne pouvait pas y avoir une ouverture plus accrocheuse pour cet album.

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2. Winter Wine (7:46)

Winter Wine enchaîne pour raconter, durant près de 8 minutes, les aventures de courageux chevaliers combattant de dangereux dragons, avec des images fantastiques. Les paroles attirent vraiment l'attention et peuvent être légèrement sexuelles quelquefois, un autre trait typique du genre issu de la scène de Canterbury : ‘‘A dull red light illuminates the breasts of four young girls, dancing, prancing, provoking!’’. Même s’il s’agit que d’un simple petit détail, je trouve l'effet sonore des cloches pour coïncider avec la ligne "Bells chime three times" un excellent clin d’œil. Les chants rêveurs et nostalgiques de Richard Sinclair sont autant un point culminant que les mélodies sophistiquées et mémorables. D'une jolie intro acoustique et vocale de Richard Sinclair, à travers des pièces plus dramatiques et plus résistantes, des parties d'orgue et des sonorités romantiques, l'émotion est à l’honneur du début à la fin. Il y a quelques crochets et passages typiquement prog et un solo instrumental tout à fait sublime. Un fort ‘‘jam’’ basée autour de l'orgue de David Sinclair, soutenue par des harmonies touchantes, pour finalement faire place à une fin de rêve, en gardant une prise ferme sur les émotions. Un vrai triomphe.

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3. Love To Love You (and Tonight Pigs Will Fly) (3:06)

Love To Love You (And Tonight Pigs Will Fly) est l'une des chansons les plus trompeuses et intelligentes de Caravan. Si vous écoutez de façon décontractée, la longueur et le ton de la chanson et du chœur vous feront croire que ce n'est rien d'autre qu'une simple chanson pop sur l'amour. Cependant, cela ne pourrait pas être plus loin de la vérité. Tout d'abord, vous n'aurez probablement pas remarqué que la chanson est entièrement en 7/8, un trait progressif si jamais il y en avait un. C'est en grande partie en raison de l'excellence constante de la batterie de Richard Coughlan et d’un autre très beau passage de la flûte de Jimmy Hastings. Deuxièmement, écoutez plus attentivement les paroles du verset, et vous vous rendrez compte qu'ils sont en fait assez tordus et sombres : ‘‘But you just smiled and gently shook your head and put a hole through me so I was dead’’. Écoutez le reste des paroles, et vous vous rendrez compte qu'il n'y a rien de simple sur cette chanson, en apparence, douce et innocente.

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4. In The Land Of Grey And Pink (4:51)

La chanson titre est fort probablement la plus Tolkien-esque de tout le répertoire du rock progressif. Dés que Richard Sinclair débute l'interprétation, de sa voix douce, ténébreuse et rêveuse, ont se sent aussitôt plongé dans un univers semblable au monde fantastique imaginé par l'auteur. Des lieux tel la comtée : "So we'll sail away for just one day to the land where the punk weed grows. You won't need any money, just fingers and your toes, and when it's dark our boat will park on a land of warm and green. Pick our fill of punk weed and smoke it till we bleed, that's all we'll need", là où vivent des créatures comme les Hobbits, par exemple : "In the land of grey and pink where only boy-scouts stop to think. They'll be coming back again, those nasty grumbly grimblies, and they're climbing down your chimney, yes they're trying to get in. Come to take your money, isn't it a sin, they're so thin ...". Il faut souligner le jeu de guitariste de Pye Hastings, notamment sa façon de claquer ses accords en acoustique. Ceci marque surtout la chanson, se déroulant avec une renversante fluidité dans un esprit de simplicité confinant à la perfection. Tout y est merveilleux, à commencer par la ligne de chant de Richard Sinclair, à la fois si évidente et extra-terrestre (cette sensation qui vous remue les tripes, avant de sonder les profondeurs insoupçonnées de votre cerveau, à chaque réécoute du premier couplet). Richard Coughlan offre une autre performance de batterie particulièrement soignée. Les deux solos successivement exécutés au piano (en épuré) puis à l’orgue (plus triomphant) entretiennent une magie stupéfiante qui opère toujours pour recréer un climat unique, évoquant souvenirs les plus beaux et les mêlant à nos espérances de notre enfance révolue, pour les confondre dans un sentiment à la fois cruel et optimiste.

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5. Nine Feet Underground (22:40)

On peut lire régulièrement dans les ouvrages et sur les sites spécialisés que ce disque résume les talents protéiformes (qui change de forme très fréquemment) de Caravan en se scindant en une première partie (ou face sur le vinyle) composée de titres ramassés et légers, et d’une seconde remplie d’une longue suite. De fait, cette œuvre majeure compte un diamant avec Nine Feet Underground. Contrairement à la croyance populaire que le titre de la chanson soit basé sur le sujet de la mortalité, le groupe a nommé la chanson de cette façon parce qu'elle a été composée dans un sous-sol, le style d'humour typique provenant d'un groupe de la scène de Canterbury. Répondant à la sobriété de la chanson précédente, cette épopée composée par David Sinclair multiplie les thèmes mélodiques à tiroirs pendant près de 23 minutes de bonheur difficile à décrire. Caravan y est en état de grâce, qu’il s’agisse de la prestation technique des musiciens (qui gardent cependant toujours l’élégance de ne pas trop en jeter) ou de l’émotion que la pièce dégage. La suite se débute par un riff de guitare infectieux, puis se déplace dans une myriade de directions musicales par une signature de temps inter changeante. Les interventions de premier ordre du saxophone et de la flûte ne font pas oublier l’orgue feutré et omniprésent. Autant de mélodies pénétrantes qui impriment des paysages variés dans l’esprit envoûté de l’auditeur, paysages de nuits étranges avec les extraordinairement paisibles accord de piano du segment de 10:47 à 11:55, suivis d’un orgue virevoltant d’abord, pesant et inquiétant ensuite. Intervient alors la voix douce et rassurante de Richard Sinclair, pour une délicate ballade avant que les instruments ne reprennent la parole avec une énergie et des boucles mélodiques. C’est même sur un autre gros riff que s’achève le voyage au pays du gris et du rose, laissant pour morale le fait que deux couleurs jugées fades peuvent suffire à créer un monde plus merveilleux que la réalité; et laissant pour seule envie d’y retourner sans attendre.

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vendredi 20 janvier 2017

MIRAGE (1974)



Intro

Camel, le moins majeur des groupes cardinaux du rock progressif des années soixante-dix ? Ou le plus important des groupes du deuxième rang ? Le consensus semble choisir les deux réponses à la fois car tout dépend des critères retenus. Si l’on considère le nombre d’albums majeurs (trois ; Mirage, Snow Goose et Moonmadness) au sein de sa discographie, son succès populaire et la marque qu’il a laissée de son temps, on penchera pour la deuxième option, partant du principe que les Genesis, Yes, Pink Floyd et Emerson, Lake & Palmer ont, à chaque fois, fait plus et mieux. Mais si l’on aborde la question sous l’angle de la qualité de ses trois albums majeurs (chiffre déjà plus important que le nombre des autres formations de second rang), l’essence même de leur rock progressif, la nature et l’intensité des sentiments qu’il génère, on se doit d’en conclure par la première hypothèse. Deuxième opus du groupe anglais, l’album Mirage en est l’argument le plus évident. Car il est, au risque de tomber dans la tautologie (une proposition toujours vraie), l’esprit et l’essence même du rock progressif, du moins de son pan le plus large : celui qui marie rock et jazz, légèreté et profondeur, qui embrasse l’image d’un passé révolu et fantastique, d’une vision d’un futur lointain et merveilleux de science-fiction (cette dernière frappant le plus fortement l’esprit). Son pouvoir évocateur et onirique est, avec celui de Pink Floyd, le plus puissant du genre, déjà pourvoyeur le plus efficace de l’ensemble de la musique en voyages spatio-temporels. L’embarquement en première classe se fait sans réservation et la magie opère sans s’éroder à chaque nouvelle écoute. L’ambiance caractéristique du groupe repose avant tout sur le son ouaté, qui permet aux solos de guitares et de claviers, fabuleux de mélodies et d’énergies, de trouver leur pleine expression sans étouffer les autres instruments. Ni jamais tomber dans la démonstration gratuite. Question de bon goût et d’intelligence indubitablement, mais aussi de plaisir manifeste de jouer dans le seul but d’une efficacité optimale d’un plaisir en adéquation parfaite pour l’auditeur.

Composée par deux musiciens hors pair que sont Andrew Latimer (guitares, flûte et chants) et Peter Bardens (orgue, piano, mini-Moog, Mellotron et chants), la musique de Camel se développe à la croisée des chemins du raffinement symphonique doublé de ruptures de rythmes à la Genesis, et de la légèreté jazzy de l’école de Canterburry (Caravan, Soft Machine, Hatfield & The North, etc …), avec un son de clavier similaire. Etayé par les jeux carrés et symbiotiques de la batterie d’Andy Ward et de la basse de Doug Fergusson, cette alchimie donne un style immédiatement reconnaissable.

Mirage compte parmi les albums majeurs de l’histoire du progressif et les meilleurs de sa première période des années soixante-dix. Si sa pochette a marqué son temps (elle reprend le chameau d’une marque de cigarettes), il est d’autant plus étonnant et injuste qu’il soit méconnu du grand public, car ce chef-d’œuvre réussit le miracle d’être à la fois l’une des portes les plus accessibles et séduisantes pour entrer dans l’univers du rock progressif, et d’être suffisamment riche et ambitieux pour permettre d’en découvrir les trésors et mystères réservés aux seuls initiés. Parfois les mirages réservent ainsi les plus belles surprises …


Les Chansons

Camel savait toujours que leur force était dans la musique instrumentale. Les chants et complexité des paroles de Latimers et Bordens sont donc raisonnablement maintenu à un minimum dans l’album et les mélodies conduisent le noyau sonore. J'aime les considérer comme un groupe de rock progressif instrumental qui a accepté à contrecœur de mettre des voix sur certains de leurs airs afin d'apaiser les craintes de leur maison de disque. D’ailleurs, Camel tentera le coup durant l’album suivant Mirage, The Snow Goose, avec brio. En l’occurrence, j’ai donc choisi de m’attarder plus particulièrement sur le travail instrumental de Camel sur l’album Mirage, puisque là est la véritable perle de cet opus.

1. Freefall (5:47)

Freefall est parfaitement à la hauteur de son titre; avec torsion, tournant, segments de chute libre purement magique. La guitare de Latimer et les claviers de Bardens s’affrontent doucement en duel, la basse et la batterie fournissent un soutien solide ainsi qu’un contrepoint rythmique. Les lignes vocales sont assez amusantes et servent plus à créer un effet sonore qu’à livrer un message.



2. Supertwister (3:20) 

L’instrumental Supertwister démontre à nouveau à quel point Camel irait à rêver des titres aptes à leurs structures musicales. La mélodie se tord et tourne à travers diverses signatures de temps et des clés, chacune plus à couper le souffle que la dernière. La travail de flûte de Latimer à environ 1:30 doit être entendu pour être cru, on jurais que les oiseaux volaient hors de ses haut-parleurs. D'une manière ou d'une autre cette piste est seulement 3:20, pourtant elle est emballée d’idées incroyables. On souhaite quasiment qu’elle soit 10 fois plus longue.



3. Nimrodel / The Procession / The White Rider (9:12)

Pièce centrale, dans tous les sens, de l’album. La signification des paroles font figure à part sur cet ouvrage, puisqu’elles racontent vraiment une histoire. Emprunté sur le mythique récit Lord Of The Rings, elles traitent de plusieurs passages clés du monde merveilleux inventé par Tolkien. Mais une fois de plus, c’est la musique qui fait foie de tout dans cette chanson. Tout d’abord, une ouverture magnifique et exotique soulève le rideau et introduit par la suite des sons de cloches et des bruits de foule. Les effets sonores mélangés au doux synthétiseur créent une incroyable marche médiévale. La chanson nous emmène alors sur un voyage spatial de découverte, rempli de hautbois et, bien sûr, de flûte. Il y a incroyablement plus de rebondissements, de changements clés, de cadences étonnantes et de puissantes mélodies dans cette seule piste que sur l'album moyen de Genesis, aussi incroyable que cela puisse paraître. Les mots ne suffisent pas à décrire les joies que procure l’écoute de cette piste. 



4. Earthrise (6:42) 

Si vous avez la version en vinyle, alors c'est à ce point que vous réalisez avec plaisir que vous avez un autre côté à explorer. Mais comment pourrait-on possiblement obtenir quelque chose de mieux que l’explosion sonore de la face A? La réponse vient dès que l'aiguille tombe sur la toute première pièce de la face B, Earthrise. Camel est bien dans le ‘‘groove’’ prog sur ce côté, et le son classique du groupe se rétablit après une introduction ‘‘space’’ scintillante. Ferguson fourni une magnifique sonorité de basse comme d'habitude avant de revenir sur le groove légèrement funky du groupe établi sur la première face, ainsi que des textures légèrement plus foncées et plus boueuses. Lattimer nous démontre tout l’étendu de son talent de guitariste, nous faisant questionner s’il y a une limite à la virtuosité de ce dernier. Bardens démontre alors ses compétences équivalentes au clavier pour offrir un équilibre parfait. 



5. Lady Fantasy (12:46)

Le groupe a gardé leur joyau pour la toute fin. J'ai peut-être enthousiasmé les premières pistes de cet album, mais je ne peux même pas commencer à décrire la pure beauté des mélodies, des structures, des timbres, du rythme et de l'harmonie de la pièce ... Bien qu’ils ne soient jamais le moment fort de n’importe quelle chanson de Camel, je ne peux même pas ignorer les chants mélancoliques de Latimer sur cette pièce. Un véritable feu roulant sonore, Lady Fantasy est rempli de moments qui vous renverse littéralement de votre fauteuil confortable; un brûlant solo de clavier, un changement de tempo dramatique que Latimer gratifie avec quelques pistes de guitare brillantes, et au-delà des solos, quelques-unes des mélodies mémorables les plus déchirantes que j'ai entendues du prog-rock, un fade-out atmosphérique par la guitare gonflé, avant le retour des chants, puis Camel prend feu avec un hard-rock (rempli de solos du duo monstre Bardens / Latimer) avant que l'une de ces mélodies retourne pour fermer la piste. Il s’agit définitivement d’un chef-d’œuvre et de la plus grande chanson du catalogue de ce groupe très important du rock progressif. 



samedi 14 janvier 2017

PER UN AMICO (1972)



Intro


Impossible de traiter du rock progressif dans les années soixante-dix sans évoquer l’école italienne de ce genre. Significative est la forte personnalité émanant des meilleurs représentants de la ‘’bottine transalpine’’, constituant par là même un mouvement à part entière dans le genre, comme l’ont été au même moment le Krautrock allemand de Kraftwerk, Klaus Schulze, Can, etc., ou la scène anglaise de Canterbury dont les deux murs porteurs ont pour nom Caravan et Soft Machine. De la triade majeure du rock prog italien, composé de Banco Del Mutuo Soccorso, de Le Orme et de Premiata, Forneira, Marconi, c’est ce dernier qui s’est le plus distingué, non seulement par sa riche discographie en italien et en anglais, mais aussi en raison de son succès à l’international, notamment en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada et au Japon.

Fondé en 1970, Premiata, Forneira, Marconi (qui tire son nom d’une boulangerie) réunit Franco Mussida (guitare et chant), Franz di Cioccio (batterie et chant), Flavio Premoli (clavier et chant), Giorgio Piazza (basse) et Mauro Pagani (violon, flûte et chant). Pagani s’impose d’emblée comme la pièce maîtresse dans le dispositif. Si PFM (plus souvent appelé comme cela, vue la longueur du nom véritable du groupe) n’a cessé son activité que durant dix ans, jalonnant sa carrière de dix albums studios, il n’en demeure pas moins que c’est son parcours durant la première moitié des années soixante-dix qui est aujourd’hui encore le plus coté chez les amateurs de rock progressif.

Per Un Amico (For a Friend) est un chef-d'œuvre de Progressive Rock tout au long de son écoute. PFM prouve leur capacité à livrer un album complet allant de passages de guitare acoustique sereins à de lourd passes de mellotron trempé programme de respirations lourdes. Il ne devient jamais trop sombre et offre de forts aspects symphoniques, s’inspirant des traits de caractéristiques de groupes iconiques tels que Genesis, Yes et parfois King Crimson. Les chants sont en italien et comme la plupart des sorties de PFM, la musicalité est très élevée. Les chansons de "Per Un Amico" sont bien écrites et interprétées, ont une vraie beauté et gagne à être entendu pour être compris, malgré la complexité d’une langue étrangère.


Les Chansons

1. Appena un Po' (7:43) 

Mélodie : Appena un po, le morceau d'ouverture, est une grande chanson. Le début calme et placide, très symphonique et pastoral, avec de jolies mélodies médiévales et folkloriques laisse place à un moment complexe où un thème jazz-rock fusion, très similaire au style de King Crimson, plus particulièrement sur l’album In The Court Of The Crimson King, fait un effet de contraste typiquement propre au rock progressif, avant de faire place aux chants. Les voix s’entassent doucement, comme une belle chorale, pour être ensuite supplanté par une brillante passe de mellotron de Flavio Premoli. S’ensuit d’un exemple parfait de la virtuosité de ces musiciens malheureusement peu connu, une partie géniale, très progressive, où tous les instruments agissent dans une série d'airs homogènes. Tout en étant très proche du style anglais, c’est une musique tout à fait Italienne. Approchant de la fin, la mélodie devient grandiose. Le clavier magistrale aspirant toutes les notes vers un vide sonore. Une grande ouverture pour un grand album.

Paroles : Les paroles sont sur le désir d'échapper à la réalité, ils correspondent parfaitement à la musique et le résultat est génial. Vous pouvez trouver une autre version de cette chanson sur l’album Photos of Ghosts (la pièce se nomme River Of Life) avec des paroles anglaises écrites par Peter Sinfield, mais je préfère de loin la version originale.



2. Generale (4:18) 

Mélodie : Generale est une bonne piste instrumentale où tous les membres du groupe démontrent leur grande musicalité. La guitare électrique domine au milieu de tous les autres instruments et il y a une atmosphère de rock notoire. Après une introduction "jazzy" avec un grand travail de batterie, une marche militaire se déclenche sous la direction du tambour et de la flûte. Viennent ensuite l'orgue, le violon et les autres instruments pour la finale. 



3. Per un Amico (5:23) 

Mélodie : La pièce-titre est décorée par une délicieuse ouverture de flûte et bientôt le chant apparaît accompagné d'un merveilleux et significatif support de mellotron. La section solo est intensément partagée entre le violon et la guitare acoustique avec une forte présence de la basse; synthés et piano font la fermeture magnifique. 

Paroles : Per un amico suggère un doux chemin à la révolution en donnant des conseils amicaux sur la nécessité de revenir du rêve à la réalité et de lutter pour un monde meilleur. Il n'y a pas de cris ou de rumeurs de guerre ici: les voix rêveuses et l'humeur romantique de la première partie de la pièce contrastent avec la section de fermeture instrumentale et les paroles correspondent très bien à la musique. À mon avis, la version anglaise intitulée "Photos Of Ghosts" (avec des paroles totalement différentes) ne rend pas du tout justice à la pièce originale. 



4. Il Banchetto (8:39) 

Mélodie : Il banchetto est pour moi le prototype de la chanson prog-rock de taille moyenne. Il s’agit vraiment d’un pure ‘’banchetto’’ (banquet) pour les oreilles. Même la description du thème est difficile en raison des changements continus et des signatures différentes. La sérénade initiale avec des voix douces et des guitares va dans un crescendo vers une sorte de segment éthéré, agréable, clair et majestueux. La section centrale nous transmet à une rêverie irréelle où l'auditeur s'envole à des mondes lointains et impressionnants. La partie finale est calme et sophistiquée. Après la piste d'ouverture, c'est de loin ma chanson préférée de l'album. 

Paroles : Il Bancheto est une chanson complexe et politiquement engagée. Les paroles dessine l'image d'un banquet dans une cour du roi, tandis qu’à l'extérieur le peuple est affamé. 



5. Geranio (8:03) 

Mélodie : La piste de fermeture a de grands moments mais avec moins de puissance que les pistes précédentes. Cependant, c'est une chanson avec la marque caractéristique PFM: un début doux et agréable, un noyau toujours étonnant avec de grandes variations de signature et une fin très surprenante. 

Paroles : La dernière piste Geranio (Geranium) comporte des chants presque chuchotés et une humeur onirique. Les paroles se composent principalement de diverses descriptions de la nature afin de créer une atmosphère de tendresse et de légèreté. 



Une fois l'album terminé, une sensation de 'j’en veux plus' reste pour l'auditeur et la solution est d'entendre et entendre à nouveau; c'est totalement sain pour l’esprit. En tant qu'élément naturel du premier album (Storia Di Un Minuto), Per Un Amico doit être traité de manière égale : une œuvre magistrale.



vendredi 6 janvier 2017

PAWN HEARTS (1971)




Intro

Dans la catégorie ‘’groupes cultes chez les fans du rock progressif, mais aujourd’hui inconnus du grand public’’, je vous présente Van Der Graaf Generator. Si il y a en effet un ensemble de musicien qui a marqué de son empreinte artistique la naissance du rock progressif, aussi fortement que Genesis, Yes, Pink Floyd, King Crimson et Emerson, Lake & Palmer, mais n’en a jamais égalé la notoriété ni le succès commercial, c’est bien Van Der Graaf Generator. 

Empruntant son nom au générateur de courant électrostatique inventé par le physicien Robert J. Van Der Graaf, la formation issue de Manchester ne manquait pourtant pas d’atout pour y parvenir : un style propre né d’un esprit anti-conformiste, un talent flagrant à ouvrir de nouvelles pistes, une carrière démarrant sous de bons auspices grâce à des albums appréciés de la critique (The Least We Can Do et H to He Who Am the Only One, tous deux publiés en 1970) et, plus rare encore, ce que les fans et les observateurs spécialisés considèrent à plusieurs titres comme l’une des œuvres majeures du rock progressif : Pawn Hearts. 

En fait, absconse et cérébrale, la musique du groupe avait, et a toujours tout pour plaire au milieu underground, non exempt, chez certain, de snobisme intellectuel ; mais rançon de la reconnaissance élitiste, elle avait aussi tout pour dissuader le grand public de s’immerger dans une œuvre parfois aussi facile d’accès que les chambres fortes de Fort Knox. On notera en aparté que la différence défavorable de notoriété par rapport à Emerson, Lake & Palmer, par exemple, l’a toutefois protégé des attaques cinglantes des détracteurs du rock progressif, jugeant ce style trop prétentieux et démonstratif pour être sincère. La raison est aussi d’ordre musicale. Grandiose, la musique de VDGG l’est également, mais elle n’est pas autant démonstrative pour mériter de telles critiques.

En revanche, elle recèle des qualités rares pour lui conférer une forte identité, qu’il s’agisse de mélodies qui la parcourent et des climats particuliers qu’elle pose. Le principal instigateur est Peter Hammill, chanteur-compositeur aussi inspiré manifestement tourmenté par ses thèmes de prédilection (solitude, dévastation, questionnement de la dichotomie de l’âme humaines et autres réjouissances). À en juger aussi à ses trames musicales alternant, comme chez nul autres groupe de l’histoire du rock progressif ; déchaînements de violence quasi-psychotique, délires de transe et moments de grande sérénité (ces derniers ayant toujours inquiétude ou tension sourdes pour toile de fond). Créateur parmi les plus féconds du genre (et même au-delà), Hammill s’impose aussi par son exceptionnel charisme derrière un micro, souvent empreint de théâtralité, entre lyrisme et démence, et qui tracera une voie suivi par des chanteurs œuvrant dans des styles pour le moins variés, de Freddie Mercury à Johnny Rotten. Peter Hammill était de fait le seul ténor rock du début des années soixante-dix à trouver grâce auprès du chanteur des Sex Pistols et on peut considérer Pawn Hearts comme une œuvre d’art décadent et l’album le plus authentiquement punk du rock progressif (selon la définition et la genèse de l’esprit du punk). Le leader de Van Der Graaf Generator est entouré des instrumentistes talentueux que sont Hugh Banton aux orgues, pianos et Mellotron (ainsi qu’à la basse), David Jackson aux saxophones (alto, ténor et soprano), ainsi qu’à la flûte et de Guy Evans à la batterie. Cette maîtrise individuelle est indispensable pour assurer la cohérence d’une musique chaotique et cyclothymique, d’autant plus qu’elle se déroule sur des durées bien supérieures au standard de l’époque, y comprit du progressif. 

Pawn Hearts est ainsi le premier album à ne contenir que 3 morceaux, les deux premiers atteignant respectivement plus de 11 minutes et plus de 10 minutes, le troisième dépassant les 23 minutes pour occuper toute la face B du 33 tour original (Yes adoptera quelques mois lus tard la même segmentation tripartie, mais dégressive, sur Close To The Edge).





La couverture 

La couverture a été conçue par l'artiste Paul Whitehead de la compagnie de disque Charisma. Il a matérialisé une phrase que Peter Hammill, grand poète de l’esprit, lui avait cité lors d’une discussion philosophique : ‘’Peu importe si vous êtes un roi, un pauvre ou autre, vous êtes un pion’’. La symbolisation a conduit à une conception contenant la terre et un rideau. La photo intérieure illustre le groupe se moquant du mouvement Nazi, à la manière du légendaire groupe humoristique Monty Python.


Les Chansons

1. Lemmings (11:39) 

Paroles : Le contenu lyrique est aussi profond que la musique. Lemmings traite des échecs et de la corruption des dirigeants, et de la folie du reste de la population de les suivre aveuglément, à la manière d'un lemming, jusqu'à notre destruction. Écrite au cours des jours sombres de la guerre du Vietnam et de la guerre froide (qui a fait de l'apocalypse nucléaire une possibilité trop réelle), les paroles prônent l'interrogation face à l'autorité et le choix de suivre son propre chemin. Bien que l'imagerie est parfois troublante (la machinerie graisseuse qui glisse sur les rails, les jeunes esprits et les corps sur des pointes d'acier empalées …), la chanson devient finalement un message d'espoir ; l'action individuelle peut encore surmonter et ainsi assurer un meilleur avenir pour nos enfants. Un sentiment et un cri de ralliement qui sonne aussi immédiat et pertinent aujourd'hui que jamais. 

Mélodie : S’ouvrant sur une douce mélodie inaugurale, Lemmings monte vite en puissance pour virer au baroque et suivre un cours s’apparentant davantage à une image de rapides succèdent aux berges calmes. Les sons forcés par les guitares, les claviers et le sax sont parfois dérangeants et étonnants, et vous obtenez le plein effet lorsque vous portez un casque d’écoute de qualité. Parfois, ils sont tous à l'unisson et à d'autres moments dans une mêlée. La voix de Peter Hammill est tout à fait adéquate par rapport aux émotions véhiculée dans la chanson, parfois optimistes, très souvent pessimistes.



2. Man-Erg (10:21)

Paroles : Man-Erg est l'une des meilleures chanson de Van Der Graaf Generator, avec des paroles poétiques, sensibles et perspicaces émises par Hammill. Le thème est peut-être le plus perpétuel de tout l’histoire de l’art: celui de la dichotomie (ou dualité) de la nature humaine, et la fragilité de l'identité. Hammill chante que le ‘’tueur’’ vit à l'intérieur de lui, en opposition avec les ‘’anges’’ et hurle alors dans l'angoisse: ‘’Comment puis-je être libre ? Comment puis-je sortir de ma tourmente? Suis-je vraiment moi ? Suis-je quelqu'un d'autre?’’. C'est une chanson qui pourrait facilement se prêter à l'analyse dans la littérature universitaire ou les cours de philosophie, comme un portrait très efficace de la capacité humaine universelle à faire le bien ou le mal.

Mélodie : La mélodie débute par un doux piano qui accompagne la voix torturée et angoissée de Hammill durant les deux premiers versets. Un silence, puis soudainement la musique s’enflamme de façon frénétique, confuse et colérique, par un rythme tout à fait atypique de 11/8 du saxophone et de l’orgue. Il s’agit de la symbolisation du questionnement angoissant et quasi schizophrénique du protagoniste. La guitare fait occasionnellement apparition, mais est aspiré dans la mêlée chaotique à chaque instant. Le calme revient alors, plus de chants suivent avec une belle instrumentation. Puis, contrairement à la plupart des conventions musicales, Man-Erg se termine par une reprise de la section médiane, frénétique et chaotique … créant un effet bizarre, mais très cool !



3. A Plague of Lighthouse Keepers (23:04)

La piste de clôture est un chef-d'œuvre reconnu, que beaucoup de fans citent comme le couronnement du groupe. Exécutant une durée de vingt-trois minutes, A Plague of Lighthouse Keepers précède Supper's Ready de Genesis d’un an, et est donc parmi les premières chansons occupant à elle seule un côté complet d’un disque du rock progressif. La musique et les paroles sont tour à tour sombres et pessimistes, puissantes et infectieuses, cathartiques et éveillant, éminemment mémorables, et représente parfaitement l'essence distillée des début rock progressif. Hammill se projète dans la peau d’un solitaire gardien de phare, qui regarde les eaux sombres et nocturnes de sa forteresse en mer, plein de regret pour l'échec des relations passées et désirant de la compagnie humaine. Il se penche sur la nature de la liberté de choix, se demande quel est son rôle dans la tragédie maritime à laquelle il est témoin en première loge, avant que la mort lui apporte finalement la paix tant. Il s’agit, à mon avis, du plus grand récit littéraire de toute la carrière du grand Peter Hammill. Très peu d’auteur ont l’habilité et la capacité d’ouverture et d’auto exposition, traits qui lui ont permis de créer ce chef-d’œuvre définitif. A Plague Of Lighthouse Keepers est découpée en dix parties continues, qui sert de repère, aujourd’hui encore, pour évoquer l’opus. Prime à la taille, l’ensemble est en réalité d’un niveau constant et il présente une remarquable unicité artistique.

Mélodies et paroles : 


a) Eyewitness 


La final grandiose de Man-Erg est rompu par la mélodie soyeuse qui ouvre la première partie de la dernière chanson, Eyewitness. La voix troublante de Hammill illustre brillamment la lourdeur du propos ; la solitude du protagoniste et le torturant remord pour quelque chose d'horrible qui est arrivé et qu'il aurait pu prévenir, 


b) Pictures / Lighthouse 


Photos / Lighthouse est une section instrumentale qui représente cette tragédie, avec un saxophone profond qui fait écho au son d'une corne de brume d’un navire qui s'écrase dans les rochers. Apparemment, le gardien de phare a oublié d'allumer la lumière, et maintenant tout le monde à bord est mort. 


c) Eyewitness 


L'orgue se reconstitue lentement en une reprise de Eyewitness, dans lequel le narrateur transmet sa position fragile alors qu'il est stupéfait par ce qui s'est passé.


d) S.H.M. 


Puis la musique se lance dans le premier des trois climax, S.H.M. Cette section est plus jazzy, mais loin des climax plus frénétiques plus tard. Les paroles semblent illustrer les horribles conséquences de la tragédie, qui hantent le narrateur dans ses rêves. La guitare s’efface ensuite doucement pour faire place au segment suivant. 


e) Presence of the Night 


Une section beaucoup plus calme et étrange. Le narrateur est maintenant seul à regarder sa culpabilité et son remords, effacé du reste du monde et consumé par la peur.


f) Kosmos Tours 


La musique s'arrête soudainement alors que le narrateur se demande si le reste de l’humanité allait pleurer sa mort, «Allez-vous pleurer si je suis mort?". C’est le début du troublant Kosmos Tours. Après plus de questions et de confusion, la musique commence dans le deuxième climax. La musique tourne entièrement, et tout le sens du mètre semble être perdu momentanément. Après plus d'interrogation et de confusion, la mélodie frappe le second point culminant. Elle tourne entièrement, et tout sens rythmique et structure semble être brillamment contorsionné momentanément. Peter Hammill semble chanter plus vite que son hombre. À vrai dire, son chant illustre le tourment frénétique et angoissant du personnage. Il est tellement investi personnellement dans le rôle et la crise existentielle du protagoniste … Il est tout à fait bouleversant. Il s’agit de ma section préféré de cette chanson mythique. La performance de Hammill me chavire et me pousse aux larmes à chaque instant.


g) (Custard's) Last Stand


Bientôt, l’humeur s’estompe vers Custard’s Last Stand, qui est une sorte de faux résultat. La section est très douce, presque comme si la chanson a pris fin et que l’enfer que vie le protagoniste s’est achevé. Mais les paroles indiquent encore la recherche du narrateur pour la raison et le pardon. Alors que l’orgue se construit lentement à la fin, l’auditeur se sent, à ce moment, très incertain sur la direction, et soudain BANG! The Clot Thickens vous frappe et le troisième point culminant s'ouvre.


h) The Clot Thickens


Cette section est folle, ainsi qu’étrange, et la plupart de la rythmique est en 10/8. Ici, les paroles commencent à s'éloigner du thème de cette chanson pour représenter la thématiques des deux pièces précédentes de l'album, une sorte de synthèse habile. Puis la musique est coupée instantanément par un accord de piano pour faire place aux deux dernières section, apaisantes et optimistes. 


i) Land's End


Les paroles de Land's End attachent toutes les extrémités libres de l'album, et complètent son concept d'auto questionnement.


j) We Go Now 


Enfin, la chanson se termine avec l'instrumentale We Go Now. Robert Fripp joue de la guitare ici, alors que la musique s'efface au gré des étincelles et des fusées. 

A Plague of Lighthouse Keepers fait parti de mon top dix des plus grandes pièces de toutes l’histoire du rock progressif. Nul ne peut se considéré un amateur de ce genre musical s’il ignore ce chef-d'œuvre et son créateur emblématique.